Dino

Publié le par PRISE DE CHOU

Je suis très patiente, comme fille. Si, si… douce, aimable et placide du museau. Et j’adore quand on me tripote les tifs, ça m’endort.

Mais là, je sors de chez Première rue Fénelon, il est 13h00 et je suis arrivée à 9… le premier qui touche un cheveu de ma tête, je le transforme en steak tartare.
Elle est pas passée loin de la viande hachée, Dino.
Dino, c’est la jeune apprentie qu’on a mise sur mon cas ce matin. A mon avis, elle n’a pas un grand avenir dans la profession.
Je sais, je sais, c’est une école, ils sont là pour apprendre et à 17 € la « couleur-soin-coupe-brushing », on sait bien que ça va éventuellement être un chouillat laborieux et longuet.
Mais Dino (et c’est son vrai prénom, je ne protège même pas son anonymat) est la star de l’académie de coueffure.

1,50 m bras tendu, une tronche de poisson-lune apathique, et pas une once de talent dans les ciseaux.

Ca a mal commencé. J’avais rendez-vous, mais mon nom n’était pas noté. Gros problème de standard chez Première rue Fénelon.

-         Ah non, Madame Lavalle, vous vous êtes trompée, c’est pas aujourd’hui, c’est pas possible ! Regardez, y’a pas écrit Lavalle, nulle part !

-         Oui, mais là, c’est pas écrit Mme Danielle ? Vous attendez une Mme Danielle (ça fait tenancière de maison close).

-         Ben non…

-         Alors ce doit être moi, vous avez noté mon prénom à la place du nom !

-         Ah ? Bon ! Dino, occupez-vous de Mme Danielle !

Dino est cachée derrière un gros mistifriseur à roulettes, elle n’a pas envie de faire la connaissance des poils de ma tête, c’est clair. A contre-cœur, elle s’avance vers moi, elle m’arrive approximativement à la hanche. Elle me sourit avec l’enthousiasme d’une future guillotinée, m’installe et reste debout près de moi, les bras ballants.

Un bug ?

Je comprends que si je ne prends pas d’initiative, on va passer comme ça un moment charmant mais interminable à mater le vol des mouches.

-         Alors voilà, Mademoiselle, c’est pour une coupe et une couleur. Pour la couleur, vous devez avoir une fiche à mon nom, Lavalle. Je voudrais la même chose, merci (andiamo, enlève les doigts de ton popotin, embraye et exécute, presto !)

Dino trottine menu et se pointe un quart d’heure plus tard avec une fiche au nom de Duval. Raté ! Essaye encore… je ne veux pas que tu me fasses la tronche de la mère Duval dont les tifs, d’après la fiche, semblent avoir la couleur du pastis homonyme.

30 longues minutes s’écoulent avant que gogolita 1ère ne m’entreprenne la tignasse. Je reste d’une équanimité sidérante et m’abîme dans la lecture écervelante de canards pipoles, qui montrent les bourrelets on the beach de péquins que je ne connais ni des lèvres ni des dents.

Dino travaille à la vitesse de ses neurones, i.e. 2 à l’heure.

Quand elle a enfin terminé d’appliquer le truc qui schlingue sur mes racines blanchissantes, j’ai accompli d’énormes progrès dans la connaissance de l’humanité.

-         Jade Shaglatt ne porte que quelques poils pubiens quand elle sort en boîte.

-         Ashton Schlumbit a un tatouage de vache sur la fesse gauche.

-         Rosana Bubi a les genoux qui plissent

-         Heidi Mwatoo a largué Karol Kalamar (p… la salope !!!)

J’aurai au moins des sujets de conversation dans les soirées mondaines !

Il est 11 h, passons au bac, Dino. Avec ta vivacité, c’est bien le seul bac que tu pourras atteindre, celui avec option robinet mitigeur.

Elle me rince, me shampouine et me masse le crâne. Le massage, j’adore, en général, mais là, je suis au bord de la hurlante. Cette conne m’enfonce les doigts dans le cuir comme si elle avait à cœur de me rouvrir la fontanelle.

-         Hé, mollo, siouplé !

Mon cul, oui, pas de réponse, Dino s’acharne sur mon scalp, muette et enragée.

Je passe sur la coupe. 1 heure entière à raccourcir mes tifs de quelques millimètres. Quand elle a enfin terminé, mes cheveux sont secs.

Encore le brushing à réaliser. J’hésite à passer mon tour et à sortir en l’état, mais Dino m’a tellement trituré les veuches que je ressemble au dessous de bras de Bob Marley.

La prof passe :

-         Faut remouiller pour le brushing, Dino !

Aïe, j’ai peur ! Va-t-elle me balancer un grand seau d’eau dans la tronche, vue sa précieuse délicatesse ?

Non, elle empoigne un vapo à plantes vertes et m’arrose copieusement comme un ficus pourri. Je dégouline.

Elle saisit son séchoir et sa brosse et me glisse à l’oreille :

-         A l’intérieur, ou à l’extérieur ?

Qué ? Elle me propose de sortir sous les giboulées pour m’achever sur le trottoir ?

-         A l’intérieur, dis-je pour assurer. Et puis s’il vous plaît, souple le brushing, je n’aime pas avoir les cheveux tout raides et tout lisses, ça me donne l’air d’une asperge déjà sucée.

Et c’est reparti pour une heure de torture. Elle me tire, me brûle, j’en peux plus. Elle recommence chaque mèche six fois, change d’avis, tortille dans un sens, puis dans l’autre.

Oui, je suis patiente, conciliante, mais là je craque.

Je me lève soudain, comme un diable à ressort qui sort de sa boîte.

-         Ca suffit ! Bas les pattes !

Tout le salon se retourne et me dévisage comme si j’avais fait popot par terre.

J’enlève mon peignoir, le colle à Dino qui me regarde, l’œil vide et la bouche ouverte, empoigne ma veste et me sauve sous la pluie.

C’est ballot, j’ai oublié de laisser un pourboire !

 

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C
S - Punaise, ça fout les miquettes !<br /> Galu - Ce que je deviens ? Ben je raconte ça pratiquement tous les jours ! J'ai un fiancé qui habite loin et qui me manque quand il n'est pas là, i.e. les 3/4 du temps, pour le coup, je préférerais qu'il vive à Neuilly...<br /> Mac - oui, tout est de la faute de Zestoune, c'est ça !
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C
S - Punaise, ça fout les miquettes !<br /> Galu - Ce que je deviens ? Ben je raconte ça pratiquement tous les jours ! J'ai un fiancé qui habite loin et qui me manque quand il n'est pas là, i.e. les 3/4 du temps, pour le coup, je préférerais qu'il vive à Neuilly...<br /> Mac - oui, tout est de la faute de Zestoune, c'est ça !
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M
Je te ferai dire que c'est Zeste qu'à commencé d'abord !
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G
Et un crâne rasé, ça ne serait pas plus simple ? Sans compter que ça semble approprié au 92 mal famé où tu t'es exilée. Et puis c'est peut être connoté collabo (très intime), mais n'est-ce pas ce que tu deviens depuis que ta fillette chasse à Neuilly ?
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S
La mienne est cyclothymique et m’explique sa crise des subprimes. Quelquefois c’est tellement vide dans ses yeux que je me demande si elle est humaine…
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