Freaks
Je me suis levée à 4h30 finalement, hier matin.
C’est une expérience assez extrême, faut le dire, bien que je me sois sagement viandedansletorchonnée à 11h, en prévision du réveil sauvage aux horreurs.
Je vous passe la gueule hagarde de Toche au volant de sa Fiesta et les dialogues monosyllabiques pendant le trajet. L’installation nocturne du stand dans une fraîcheur lunaire, l’attente fébrile de l’ouverture du café d’en face pour s’en jeter un bien serré derrière la cravate, les neurones qui s’éveillent un à un (rapide : 1 – ouais ! 2 – youpi ! Et voilà).
6h30, une grande gigasse blonde déboule alors que tout n’était pas encore déballé. Elle saute sur Toche et lui balance direct dans les mâchoires les mots qui tuent : Dior, Chanel, Vuitton…
Toche, très forte sur ce coup-là, encaisse direct et déballe du Dior, du Vuitton, du Lancel (point de Chanel… un mauvais point pour elle).
Gigasse sort son chéquier et Toche a fait sa journée 7 minutes après être arrivée.
Moi… euh… rien.
On finit de déballer. On fait connaissance avec nos voisins, un couple cinquantenaire absolument charmant. La dame va passer la journée à agonir son conjoint d’injures ignobles avec un accent parigot à faire pâlir Gabin. Elle est adipeuse, il est maigrelet, elle braille, il plie. Un plaisir.
7h30. Qui vois-je ! Vous n’allez pas le croire, parce que je ne l’ai pas cru non plus. Pfff, non ! Pas George Bradlaw… on s’en fout. Non ! Fred Saint Malo. Voilà un mec que je n’ai pas vu depuis 25 balais et que je croise deux fois de suite en une semaine. Destinée, hasard de la vie, tête de veau sauce gribiche, deux cafés et l’addition.
Bref, il se trouve qu’il vient installer sa femme (que je ne connais pas) venue faire la brocante avec une sienne amie, et que leur emplacement est face au nôtre.
Fred me fait la bise, très primesautier comme à son habitude, mais je le sens gêné. Il me présente sa femme vite fait, et file à l’anglaise.
Je sens comme un malaise. Anne est une jolie femme de 50 ans, longue, blonde et distinguée. Pas de make up. Un jean, un pull, mais tout ceci respire la bourgeoisie installée depuis des siècles dans le bon ton et le bon goût. Fred a épousé son double, sans la dinguerie de sa jeunesse.
Me voilà à nouveau en décalage, avec mes chapeaux bizarres, ce passé rock’n’roll qu’elle rejette viscéralement et qu’elle aimerait sans doute gommer dans la biographie de son homme. C’est dommage, elle va passer sa journée devant moi. Elle est polie, mais froide.
Bon, je suis avec Toche (qui doit lui sembler tombée d’une autre planète, parce que Toche… est tombée d’une autre planète), et la journée se passe sans que nous échangions plus de 4 mots.
Elle partira sans nous saluer.
Je ne vais pas pleurer ni gémir sur mon sort, mais j’ai l’impression d’être en total décalage. Pas comme il faut du tout. Pas fréquentable. Complètement marginale.
Je sais que je ne reverrai jamais Fred, non qu’il m’ait manqué, mais ces retrouvailles étaient sympathiques. Mais Madame Saint Malo ne m’aime pas. Je me suis pris un vent force 7 par Lapin, qui me trouve très atypique et très fréquentable, mais uniquement à l’horizontale. Ca commence à faire beaucoup sur une petite période
Heureusement, il y a Toche et quelques autres freaks avec qui jouer dans la marge.
Et Mieuvautard persiste à penser que le Freak, c’est chic.
