L'homme qui faisait taire les poules - 2
Il s’éveille au petit matin, seul dans son futon en poils de gnou. Oui, Il se lève avec le soleil, son ami, son double. Il est persuadé d’avoir été pharaon dans une vie antérieure, une sorte de Râ Lovely.
Il passe devant les miroirs sans y jeter un regard, Il risquerait de prendre du retard, ébloui par la contemplation béate de sa rayonnance matinale.
Un bol d’Ovomaltine, une francfort-frites, trois tartines de foie de morue, une ligne de coke, une douzaine d’huîtres, un mojito-ananas… le petit déjeuner est vite avalé. Certes, c’est d’une frugalité toute relative, mais faut nourrir le molosse !
Le voilà qui se dirige vers la salle de bain pour ses minutieuses ablutions quotidiennes. Il brosse ses 34 dents avec soin, se munit d’un chausse-pied graissé à l’huile de phoque et entreprend de s'introduire dans la baignoire. Il n’y a plus de place pour l’eau, mais qu’importe, c’est l’intention qui compte. Il gratte la couenne qui dépasse du bac avec un gant de crin inondé de Brut de Fabergé, puis s’extrait aux forceps en ahanant de douleur. C’est chaque jour plus difficile.
Il doit affronter le miroir, à présent. Sa splendeur le chavire, comme toujours. Il reste là, hypnotisé par la vision de sa perfection. Le front marmoréen, l’œil perçant, le nez aquilin, le menton puissant, et les cheveux… ah, les cheveux ! Une manne luxuriante, entre Rahan et Chabal, avec un je ne sais quoi de Nelson Monfort. Un filet mignon de bave admirative lui dégouline de la commissure des lèvres.
La sonnerie stridente du téléphone retentit soudain.
A suivre…
Petites précisions.
Ce récit, vous l’aurez compris, a pour origine le com hallucinant de modestie du Sieur Den, qui apparemment prend les femmes pour des poules et n’aime que les ânes. Eux aussi cessent-ils de braire quand il entre dans l’étable ?
Toutefois, ce n’est bien évidemment pas le Sieur Den en question que je décris, je ne le connais pas. Le personnage fictionnel développé ici va bien plus loin dans la goujaterie et l’autosuffisance, du moins je l’espère.
Comme d’hab, je ne sais pas où je vais, mais j’y cours.