Les FBdH - Old fart bag
Marcelle, débarrassée de ses obligations maternantes, s’adonnait à son occupation favorite et secrète : le macramé en poils de Bonobo. Elle y consacrait des heures entières tout en écoutant en boucle le dernier opus d’Yves Teildu « Prendre un vélo par la main ».
Obligée par le succès de l’entreprise familiale à quelques apparitions mondaines, elle s’était soumise aux admonestations de Raoul et s’était fait retoucher le visage, pour ne pas effrayer les enfants.
Le résultat était déconcertant. Son lifting avait fait de ses yeux deux meurtrières impénétrables et ses lèvres gonflées donnaient l’impression qu’elle s’était fait greffer un zodiac.
Ainsi transformée, elle passait inaperçue, puisqu’au diapason de toutes les rombières de plus de 50 ans pointant au caca rente.
Cependant, Polly veillait à l’éducation de la jeune héritière.
A douze ans, Diane parlait un anglais parfait quoi que particulier. Elle émaillait son discours d’insanités ignobles, mais comme elle proférait le tout avec un air de ravie de la crèche, nul ne s’en formalisait, d’autant plus que nul ne lui prêtait attention. Elle traitait fréquemment et affectueusement sa mère de « old fart bag » et son père de « shit face » sans que leur sourire indifférent ne s’amenuise d’un millimètre.
Elle vouait une admiration sans bornes à son mentor, qu’elle persistait à appeler Hercule, ou Artrite, ou Gamie, voire Nésie selon les jours, elle était assez joueuse étymologiquement.
Polly l’avait bien dressée. Elle espérait en faire l’héritière la plus improbablement radicale du monde occidental, une pasionaria assoiffée de sang - bleu ou pas.
Une iconoclaste ultra-gauche à la tête de l’une des plus grosses fortunes de France, cornaquée par une anglaise complètement à l’ouest, ça avait de la gueule.
Mais le destin fait ce qu’il veut, même et surtout s’il ne s’appelle pas Giscard…
Bon, je vous rassure, la fin est proche, je dirais même qu'on va plier les gaules demain... je le sens comme ça, moi.