FBdH - le retour
Trois heures de train, c’est long. D’autant que mon bouquin n’est pas terrible, que j’ai oublié mon tricot et que les mots croisés de Femm’ac sont trop fastoches. Le mot à trouver cette semaine est PATISSERIE, vous fatiguez pas à remplir les cases, faites moi confiance, et gagnez, peut-être, 500 € !
Du coup, j’ai décidé faute de mieux de ressusciter cette p… de saga des Fausset Boson de Higgs, histoire de m’occuper un brin. Je vous rebalance les deux premiers épisodes pour vous remettre dans le bain. On prend sa bouée canard et on plonge ! Enfin on n’est pas obligé non plus, on peut avantageusement relire Proust, beaucoup moins surfait que Musso, si vous voulez mon avis.
Le Malappris de Diane- 1 - Amédée la Marmule
Ca ne rigolait pas tous les jours chez les Fausset Boson de Higgs.
Les enfants filaient droit, la langue était châtiée, le personnel ancillaire était discret et efficace.
En surenchérissant sur les grands principes de la bourgeoisie rigide, on cherchait sans doute à masquer la basse extraction du fondateur de la dynastie, Amédée Fausset, dit Amédée la Marmule, qui avait fait fortune presque malgré lui dans les salaisons après une carrière peu glorieuse de barde itinérant.
Ce joyeux drille, dont l’intempérance et les mœurs dissolues avaient en leur temps défrayés la chronique, faisait tache dans cette famille de pisse-froids et de culs-bénits.
Aucun de ses descendants n’avait reçu en partage son goût immodéré pour la dive bouteille et la pratique compulsive de la bête à deux dos (voire trois, ou quatre).
On forniquait avec parcimonie chez les Fausset Boson de Higgs, et toujours à bon escient, dans l’unique souci de perpétuer la lignée.
Les reproducteurs étaient soigneusement sélectionnés sur 7 critères immuables : le pognon, le blé, le flouze, l’oseille, le jonc, la thune et la fraîche. Si l’impétrant(e) avait l’heur de se conformer à toutes ces exigences, on lui ouvrait grand les portes de la maisonnée, et petit les draps brodés du lit nuptial.
D’amours folles et de passions sauvages il n’était point question.
La femme d’Amédée, Marie-Solange Boson de Higgs, était à la source de l’intense coincebardise de la famille.
Culbutée par surprise dans l’ombre d’une grange par la Marmule beurré comme un coing, elle avait porté toute sa vie le lourd fardeau de sa faute, aggravée par l’arrivée 9 mois plus tard d’un enfant frêle et le mariage hâtif et honteux qu’elle avait du contracter avec son séducteur.
Sèche et revêche, elle avait refusé sa couche définitivement à l’homme qui l’avait plongée dans le déshonneur, lequel s’en battait allègrement les flancs, occupé qu’il était à trousser tout ce qui portait jupon dans la région.
Il avait disparu un beau jour, laissant tout dernière lui, fortune et parentèle. Nul ne savait ce qu’il était advenu du barde priapique.
La vie avait continué sans lui, réglée comme du papier à musique militaire. Travail, famille, hostie, dans la grande maison glacée où toute fantaisie était proscrite.
La dernière des Fausset Boson de Higgs était une fille que l’on avait prénommée Diane, en souvenir d’une cousine entrée dans les ordres en 1962 et morte d’une angine de poitrine en 1963, pendue dans une cellule du couvent.
Diane posait bien des problèmes à sa vertueuse famille...
2 – Je t’aime !
Née dans un univers comptable et racorni, Diane était une hypertrophiée sentimentale.
Sa volubilité insouciante troublait les repas familiaux où seuls quelques « Passez-moi le sel je vous prie, Raoul » brisaient le silence, épais comme du manioc.
Sa mère, Marcelle, était horrifiée. Comment avait-elle pu engendrer ce petit être rieur et cabriolant qui lui disait « Je t’aime » en lui sautant au cou à tous bouts de champs.
« Je t’aime », mais quelle horreur. Il faut être terriblement dépravé pour oser prononcer ces mots lourds avec une telle légèreté. L’amour, c’est sacré, béni, tabou, divin. On n’aime pas comme on respire, c’est ridicule et inconvenant. C’est une notion qui se mesure, qui se pèse, qui se calcule. Exprimer son affection spontanément est épouvantablement malséant.
Elle accueillait ces débordements avec une moue pincée, regrettant qu’on ne muselle les enfants comme on muselle les chiens.
Déroutée, elle finit par confier son inquiétude à Raoul, son époux, qui, tout à ses affaires florissantes, restait indifférent aux détails de la vie domestique.
- Cette enfant m’inquiète, Raoul. Aucune retenue, des exubérances malsaines. Il faut prendre des mesures.
- Ma chère, un enfant ça se dresse. Je vous pensais à même de mener à bien cette simple tâche. Il semblerait que vous en soyez incapable. Vous m’en voyez déçu. Engagez une nurse et ne m’importunez plus avec ces billevesées.
C’est ainsi que Polly Styren entra dans la vie de Diane.
3 – La Perfide Albion
Polly Styren était une tragique erreur de casting. Tout en elle était faux, synthétique. Jusqu’à son nom. Son véritable patronyme était Polly Vynil. Polly Vynil ex-Pensées, pour être précise, puisque cette sulfureuse sujette de sa Majesté avait été brièvement mariée à Pascal de Pensées, un frenchy en goguette épousé sur un coup de tête sous la ceinture.
Au physique, elle n’était pas sans rappeler Arielle Dombasle jeune avec greffes multiples de composantes britanniques : mâchoires chevalines, chevelure clairsemée et lavasse, rougeurs cutanées dès 18°C, humour dévastateur et francophobie hargneuse, exacerbée par son union malheureuse avec Pascal de Pensées, qui l’avait rendue sauvagement revancharde.
Son honneur bafoué criait vengeance !
Elle voulait bouffer du frog, éradiquer le calendos de la surface des plateaux de fromages, pisser dans le n°5 de Chanel et ruiner définitivement les Fausset Boson de Higgs.
Pour ce faire, elle s’était confectionné une panoplie parfaite de nurse anglaise old school. Petit chignon strict, uniforme gris-noir, air pincé, lunettes social security, et adjonction d’un épouvantable poireau postiche à la base du tarin.
Elle avait fabriqué quelques références aussi pompeuses que bidons, mais crédibles. Tous les numéros de téléphone que Marcelle FBdH composa pour vérifier les certificats fournis tombèrent chez des complices de Polly, ex-pensionnaires du Dirty Dick à Aberdeen, où elle avait fait ses « classes ».
L’incapacité crasse de Marcelle à jacter un seul mot de rosbif, et encore moins à l’entraver, paracheva la supercherie.