Fabrice L.
Entendu hier soir sur la France Inter (ma radio préférée), une interview de Fabrice Luchini par Laure Adler.
J’aime beaucoup Fabrice L.
Evidemment, ça prête immédiatement à polémique. Parce que Fabrice L., on aime ou on déteste, y’a les pour et les férocement contre. Contrairement au mou de veau qui recueille régulièrement 75% de sans opinion.
Oui, il est énervant, grandiloquent, frimeur avec ses citations sans fin, ses envolées castafioriques, ses excès verbeux, sa façon toute personnelle d’être bon client pour les médias… mais c’est justement pour ça qu’il me plaît.
J’ai encore en mémoire son dialogue surréaliste avec Karl Lagerfeld dans Télérama, il y a quelques temps. Impayable !
Ce qui me touche également chez lui, c’est qu’il soit autodidacte. Pas bien né, pas destiné. Voilà un petit coiffeur parisien qui s’amourache de textes, de mots, de littérature. Pas qui s’amourache, ce serait médire, qui tombe amoureux, avec genou en terre, larme à l’œil et tout le tremblement… et qui dévore, s’imprègne, se construit du logos des grands, et le transmet maintenant avec une pureté fabriquée, un enthousiasme immarcescible*, une foi, pratiquement.
Il recrache inlassablement la beauté qu’il a ingurgitée pour un peuple qui n’aurait jamais eu la curiosité d’y accéder. Ils viennent voir le clown et ressortent avec l’envie de lire Proust, Flaubert, Céline, Barthes…
Tiens justement, après cette interview, je me suis souvenue qu’un fiancé intello m’avait offert « Fragments d’un discours amoureux » dans les années 70. Je vais relire, je suis certaine de mieux comprendre aujourd’hui et de prendre mon pied, comme on disait à l’époque.
Bloody baby boomers !
Merci Fabrice.
* ne me remercie pas, Blanche… si ça peut faire plaisir et que ça débarrasse !