Clean Party, la fin
- Ah ouais.
Le voilà justement. Il saute sur Cagolex, volubile et enthousiaste, ferveur douchée immédiatement par un :
- Bon, je me tire.
Chaleureuses mais brèves, les retrouvailles, 45’’ au compteur.
A ! Ca commence.
Les Sir No Sir déboulent sur scène. Ils ont soigné le look : chemises blanches à jabot suce-torse, déboutonnées sur leur frêle poitrail à deux poils, jeans poutrap et cheveux en bouquet de persil. Quelque chose des Mods anglais des sixties.
Monfils s’installe derrière ses fûts et se prend illico une giga bouffée de fumigènes dans les narines. On va manger napalm-Stromboli pendant tout le set.
Tout se passe impec. Ca remue, ça crie, ça applaudit et c’est fini.
Peu soucieuse de déguster la suite du programme (je n’arrive pas à me faire au rap), je sors avec mes potes et me fait harponner par une troisième bébé baveuse.
- Bonsoir, Madame, il était bien le concert ?
- Excellent, voilà un groupe qui a de l’avenir, et gnagnagna et gnagnagna… je profite de l’extraordinaire couverture médiatique de l’évènement pour y aller de ma promo.
- Et alors ? Un concert et pas d’alcool ?
Nous y voilà…
- Et bien, mon petit. Le rock sans la bière, c’est un peu comme Paulette Merval sans Marcel Merkes, si vous voyez ce que je veux dire !
- Ah oui… bien sûr… euh… merci Madame !
Elle vous en prie. J’ai encore mal choisi mes références moisies. C’était supposé vaguement amusant, mais le ringard pour une femme de 50 ans, c’est l’inconnu pour une fille de 25. Raté.
Sur le trottoir, Germaine, Germain (un peu atterré par la brièveté de son échange avec sonex-ami-sonex-frère) et Haïku prennent congé.
Lili et moi attendons Robin qui surgit, magnifique et enfumé dans sa chemise magnifique et enfumée.
Point de Cagolex, qui a disparu corps et bien, poils dorsaux au vent, mais voici Galette et Dudsou, fraîchement sortis d’une réunion de copropriétaires (excitant les réunions de copro).
La bataille est terminée, ils sont en retard, ils échapperont à la presse en délire, aux carottes huggeuses, aux smoothies cacahuètes. Dudsou s’enquiert des activités massage et voyance.
On n’a pas fait, une queue digne de l’enterrement de Staline. Le speed dating ? On n’a pas vu, ou alors c’était avant, ou après, ou tellement speed que c’est passé trop vite.
Nous décidons d’aller finir la soirée plus haut dans la rue des Martyrs, chez Chéri Bibi, un bar louche qui sent la maffia à plein nez.
Le patron du bouge a une dégaine de bagnard. Aussi large que haut, énorme costaud avec une voix de collorature.
On boit une bière, enfin. On rigole comme des bossus (expression cucul, j’ai jamais vu de bossu hilare).
Je me dis que l’amitié, tout de même, y’a pas grand-chose de mieux.
Nous sommes rentrées tard, avec Lili, dans un taxi d’une sobriété exemplaire.