Les aventures de Prise de Chou et du Lapin Kougloff - 5
Une paire d’heures plus tard, je suis bonne à décoller du plafond à la truelle.
Il faut qu’il arrête la perfection, Lapin, ça devient lassant.
Je fonce dans la douche, où il a l’excellente idée de me rejoindre. Je descends le colimaçon avec des jambes de poulpe.
Il me raccompagne chez ma cambrousse dans sa caisse, une espèce de pick up à l’américaine, tout cabossé, avec des planches à l’arrière. C’est pas pour rien qu’il a des mains de menuisier, il adore travailler le bois, m’a-t-il dit. Mais il joue aussi du piano et s’est mis récemment à la peinture avec un talent certain… un Lapin éclectique. Et encore, je ne sais pas tout ! Peut-être est-il aussi chiropracteur canin, souffleur de vers à soie ou sculpteur sur merguez !
Il est assez mutique dans la voiture, juste un regard et un sourire de temps en temps. Indéchiffrable.
On arrive. Petit bisou timide. Au revoir laconique. C’est tout.
Qu’importe. Je me glisse sous ma couette avec des soupirs de femelle comblée et plonge illico dans un sommeil ouaté.
A mon réveil, Lili est plantée au pied du plumard, les bras croisés, l’œil torve et le sourcil guerrier.
- Il serait temps que tu émerges, mémère ! Ton portable a sonné 5 fois, j’en ai ras la burka, si tu vois ce que je veux dire ! Pas moyen de déjeuner en paix, avec ta vie de bâton de chaise et tes mecs qui carillonnent à 8 du mat’. Entre Poups qui s’envoie en l’air avec la terre entière et sa voisine à St Trop et toi avec ton Gnou, ou ton Renard, ou ta Belette, je sais plus… bonjour ! Bravo ! Ils sont jojos, les darons ! Moi je vais pas tarder à appeler la Ddass pour demander une famille d’accueil, parce que là… Au fait, il était comment, l’Etrangleur de Boston ?
- Bien. Ta bonne humeur matinale est rafraîchissante, Bou… et puisque tu causes Eicher, je prendrais bien mon café dans le calme, si ça ne te dérange pas trop.
- Tu racontes pas ?
- Non.
- Cool ! Encore un coup de pelle dans le fossé intergénérationnel. Salut, morue, je vais voir Aurèle, elle au moins, elle raconte. Ca cacate sec avec son mec, en ce moment. Elle pense qu’il la trompe avec cette pétasse de Camille, tu sais, celle qui a une tronche de pizza et des nibards comme des pastèques.
- Oooh ! Quelle tristesse, un si beau couple ! Ils sont ensemble depuis tellement longtemps ! 3 jours, c’est ça ? L’attrait de la pastèque sur le mâle moyen est un paramètre d’une constance affligeante, tu sais… et puis, entre parenthèses, Aurèle, normal qu’elle raconte, c’est ta copine. Moi je suis ta mère !
- Ouais, t’es ma mère, c’est bien ça mon problème ! Tchô !
Il y a eu 3 appels, pas 5. Et pas un de Lapin K.
1 boulot, 1 fiston, 1 Chignole.
Bontempi. C’était donc ça, son mutisme gêné dans la bagnole… comment dire au revoir quand il n’y a pas de revoir. Zut. J’avais espéré autre chose qu’une simple partie de jambes en l’air. Il me plaisait bien, Lapin.
Mais plus tard, en allumant 2pix, je trouve un mail.