Solitude - Le vent fripon

Cet infâme Pont de Levallois…
Impraticable par tous les temps. Quand il pleut, il pleut toujours plus fort sur le Pont de Levallois. Quand il fait soleil, on cuit toujours plus sur le Pont de Levallois. Quand le vent se lève, c’est bonjour l’ouragan sur le Pont de Levallois.
J’ai 18 ans, je traverse le PDL pour me rendre à un cours de dessin de l’autre côté de la rive.
C’est l’été, je suis jambes nues, et comme je suis djeune, j’ai une mini-djupe, première erreur. Plissée, seconde erreur.
C’est l’été, je suis jambes nues, et comme je suis djeune, j’ai une mini-djupe, première erreur. Plissée, seconde erreur.
Mon carton à dessin d’une main, ma sacoche bab avec des franges de l’autre, j’attaque le pont.
Tiens, dommage, c’est un jour venteux.
A peine quelques pas et j’appréhende l’étendue du désastre.
« Si par hasard, sur l’pont des Arts, tu croises le vent, le vent fripon, prudente prends garde à ton jupon» Il ne connaît pas le PDL, Georges B.
Des tourbillons vicelards et ascendants s’engouffrent dans les plis de ma jupe et la retournent totalement. Je suis transformée en tulipe, mes jambes font la tige, et mon kilt en corolle remonte gracieusement le long de mon torse, dévoilant à tous la couleur de ma culotte.
Heureusement, personne à l’horizon.
J’entreprends la traversée maudite, mon carton à dessin plaqué sur les fesses, et mon sac retenant à grand peine un bout de tissu fuyant sur mon intimité.
Je marche courbée, à petits pas rapides, j’ai l’air d’une souris géante qui se carapate après avoir chipé un bout de gruyère trop lourd pour elle.
Le vent qui a décidé de s’amuser un brin avec moi, redouble d’ardeur, et, d’une bourrasque, défait mes cheveux. Ils sont très longs et se mettent à tournicoter autour de ma figure. Je n’y vois plus rien. C’est complet.
Pas tout à fait pourtant. Car entre deux mèches folles, j’aperçois, venant vers moi en petite foulée, un bataillon complet de pompiers en pleine séance de jogging.
Oh non… Ils sont encore à quelques mètres, mais j’entends déjà leurs rires. Je prie pour qu’ils piquent une accélération et que ma honte soit brève.
Des raves.
Le pompier est joueur…
Ces messieurs s’arrêtent soudain, se scindent en deux colonnes bien nettes, et attendent patiemment que je passe au milieu de cette haie d’honneur.
Que faire :
A – Continuer ma route, pliée en deux, ridicule et rouge pimpon sous les sifflets ?
B – Me redresser et marcher comme une reine, jupe et cheveux au vent, en distribuant des sourires à la ronde ?
C – Me foutre à l’eau ?
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