Solitude : l'avenant

Publié le par PRISE DE CHOU

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J’ai adoré ma grand-mère, mais elle était un peu barje, faut bien l’avouer.
Elle avait surtout un sens moral très personnel.
Quelques détails historiques pour situer le personnage.
Jeanne est née en 1902 à Gex, petite ville de l’Ain toute proche de Genève. Aujourd’hui banlieue dortoir pour travailleurs frontaliers – on se demande pourquoi ces gens préfèrent être payés en Francs Suisses !
Elle épouse très jeune le bel Auguste, et part avec lui à la conquête de la capitale, dans les années 20.
Ils prennent la gérance d’un restaurant près de Notre Dame de Lorette qui devient bientôt l’un des endroits branchaga des années folles. Comédiens, écrivains, artistes s’y pressent.
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J’ai beaucoup entendu parler de cette époque dans mon enfance. Plus tard, on m’a même avoué que leurs mœurs étaient plutôt olé olé. Jeanne était la maîtresse affichée d’un comique renommé à l’époque (j’espère que ce n’était pas Ouvrard, sa rate qui se dilate et sa tuyauterie en charpie), tandis qu’Auguste passait de revigorantes soirées au claque avé les copains… Bon. Chacun son truc. Ce que je sais, c’est qu’ils sont restés ensemble jusqu’au bout, et pas simplement pour les convenances. Ces deux là s’aimaient.
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Jeanne me gardait très souvent quand j’étais petite, et tentait de m’inculquer quelques principes fondateurs : « Ne fréquente jamais un garçon qui n’a pas de voiture », ou mieux encore « Mon petit, écoute bien, c’est primordial : marie-toi VIERGE ! Après, tu fais CE QUE TU VEUX ! ».
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Bref, longue introduction pour raconter mon grand moment de solitude.
 J’ai 19 ans. Je ne suis plus tout à fait une oie blanche, mais je n’ai pas dépassé le stade de dinde gris clair, très clair. Je pique des colères et des phares pour pas grand-chose, je sors à peine de l’adolescence.
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Depuis 2 mois, je sors avec un garçon, le premier « pour de vrai ». C’est le frangin de la Tsarine, pour ceux qui connaissent ; et c’est le même modèle, version superman.
Pour ceux qui n’ont pas l’honneur de fréquenter la Tsarine, je décris le frère : 1,85 m, quelques 80 kilos concentrés en majorité au niveau des épaules (Monsieur nage, et vite), des plaquettes de choco sur le bide (Monsieur nage vraiment très vite), des cheveux blonds, un sourire fondant, bref une espèce de fantasme ambulant. Quand je me promène avec lui, c’est toujours en cotte de maille. Je sens des envies de meurtre dans le regard de toutes les filles, pas question de me faire planter une hache, un cimeterre ou une flèche dans le dos.
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Le Tsar est aimable et poli, il débarque un soir au débotté pour me saluer.
Hélas, il déboule en plein dîner de famille.
Jeanne est là, un peu miro maintenant, et franchement sourdingue. Elle ne parle plus, elle braille.
Le Tsar serre la cuiller de toute l’assemblée et s’arrête gentiment devant ma grand-mère, elle lui arrive environ au niveau du nombril. Lui agrippant la main, elle entreprend de l’étudier de haut en bas, puis de bas en haut, sans la moindre gêne. Ayant enfin terminé son examen détaillé, elle se tourne vers moi et me hurle :
« Eh bien dis donc, mon petit, tu ne dois pas t’ennuyer, si tout le reste est à l’avenant ! »
 
Allez survivre à ça !
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Publié dans Moment de solitude

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D
J'essaye de répondre, mais ça marche mou... Je ne sais pas si mon précédent commentaire apparaîtra, en voilà donc un autre... Je disais donc :<br /> Ca n'a pas duré avec le Tsar, je supporte mal le port permanent de la cotte de maille, ça m'irrite l'épiderme !
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S
Lol, génial comme histoire....et que s'est-il passé avec ce "fantsame ambulant" ensuite, il est parti en courant???
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