Rencontre avec Raoul - Mc Mangeoire
Rendez-vous 20 h – Le Bar Biturique Roule Raoul. Il est tout rond, le garçon, rose et pimpant, un petit cochonnet.
Il m’a écrit « J’aime les femmes grandes et minces »
Il m’a écrit « J’aime les femmes grandes et minces »
Je n’ai pas répondu « Je suis folle des petits gros » parce que je ne mens jamais, ou alors pas souvent, ou alors seulement quand je suis obligée.
Mais j’ai eu envie de le rencontrer. Il s’appelle Mac quelque chose, il est américain, et un brin d’exotisme dans la chasse au Raoul, ça ne se refuse pas.
Il a acheté un troquet vétuste à Montmartre il y a quelques mois à un bougnat cacochyme soucieux de revoir ses pissenlits auvergnats avant de les bouffer par la racine. Après moult travaux, Raoul se trouve aujourd’hui tôlier d’une rutilante mangeoire à bobos.
Il fait un froid de canard, ce soir. Je suis plus couverte que Paul, Emile et Victor réunis lors qu’une expédition polaire.
Raoul, lui, n’arbore qu’un T-shirt aux armoiries de son bouclard, dangereusement tendu sur son généreux abdomen.
Il m’accueille à bras ouverts, mais je perçois une once de déception dans son regard. Il s’attendait à mieux. Paradoxalement, je ne suis pas à la « hauteur » de ses espérances.
Il faut dire qu’à l’exemple de Notre Timonier, tous les rase-bitumes de l’hexagone se sentent désormais en droit de se taper de la limande de luxe, du top échalas, et de grimper aux rideaux avec des canons anorexiques.
J’ai bien la taille requise, mais Raoul semble penser que j’ai légèrement passé la date de fraîcheur. Pas faux.
Nonobstant, ce n’est pas une raison pour me laisser peler dans le frigo, et il m’ouvre grand la porte de la mangeoire.
Chouette, me dis-je en reniflant, je vais au moins pouvoir ôter quelques couches de lainages, m’asseoir tranquille et me réchauffer devant un crème fumant.
Que nenni. Raoul entreprend immédiatement de me faire visiter son royaume de fond en comble.
Toujours équipée grand froid, je suis Bouboule à la cave, sous le bar, dans les réserves, dans la courette, dans les wawas…
Toujours équipée grand froid, je suis Bouboule à la cave, sous le bar, dans les réserves, dans la courette, dans les wawas…
A chaque étape, j’ai droit au récit détaillé de ses démêlés avec les autorités locales, des victoires remportées sur des fonctionnaires obtus, des permis de construire arrachés à des subalternes bornés, bloody frenchies…
Raoul, jovial, ponctue chaque épisode triomphal en se tapant allègrement sur la couenne et en poussant un puissant râle de margouillat en rut. Il rit. Du moins, je pense.
J’adopte donc une attitude à la fois concernée et amusée, assortie de mon bon vieux sourire en carton qui a maintes fois fait ses preuves.
Nous sommes depuis dix minutes dans la cuisine, entourés de fours allumés et d’effluves de frites grasses. J’ai chaud maintenant. Très chaud. Je sens des filets de sueurs dégouliner le long de mes flancs. Je n’ose rien enlever, j’ai peur de cocotter salement des ailerons.
Raoul, pérore, se tape la couenne, fait le margouillat, inépuisable cycle infernal.
Et moi je suis là, plantée comme une cruche en nage.
La barmaid déboule soudain, interrompant la narration pourtant savoureuse de la lutte victorieuse de Raoul contre une armée de cafards américanophobes qui avait élu domicile dans le local poubelle.
- Raoul, vous pouvez venir au bar, y’a un con beurré qui cherche la cogne !
Sauvée par le con !
Raoul bombe son torse de hamster dodu, et met le cap sur le zinc, prêt à affronter une nouvelle bataille.
Je profite du mini-chaos qui s’en suit pour prendre la tangente et, ruisselante, je m’enfuis dans la nuit glacée.
Go play marbles on the highway, Mc Mangeoire !
Publicité