Pan dans les gencives !
Aujourd'hui, je suis allée fondre dans le métro comme des milliers de copains qui cocottent des ailerons. C'était convivial, on a partagé nos effluves avec les brotha et les sista ! Yo.
Je revenais de chez Haïku qui m'a sauvé la vie en passant. Elle est comme ça Haïku, généreuse. Du genre à te tendre la perche quand tu te noies, un mouchoir quand tu chandelles du tarin, un thé au gingembre acheté dans un bouclard indien secret quand tu as froid, elle est multi-solutions, c'est un plaisir.
Là mon truc pourri, c'est que depuis le début de la semaine, et pour la première fois de ma vie, j'ai la gencive en folie. Elle est toute gonflée de colère rouge vif, elle saigne en abondance quand je me lave les dents, une horreur. Bien évidemment, le Siffleur, mon pivert, et parti se mettre au vert (ça rime, ça frime). J'ai pensé au début qu'avec un petit bain de bouche, ça allait passer. Que pouic, c'est comme dans MASH, mais moi, c'est pas les lèvres qui sont en feu. Désespérée, je me jette dans les bras d'Haïku (1m52 bras tendus) et lui crie mon désarroi.
"T'as qu'à acheter du Méridol !", qu'elle me dit. "Tu te laves des dents avec, tu te masses la gencive avec, tu te fais des bains de bouche avec."
Heu bon, un dentifrice ! Et ben ça marche !!! A peine sortie de la pharmacie, je me colle une noisettinette de truc sur la gencive rebelle. Même plus mal ! D'un coup. Hop ! Ce soir ça va beaucoup mieux ! Merci Haïku !
Du coup, je m'arrête à la librairie des Abbesses (un bonheur), je me prends un petit bouquin pour demain le train et hop, je vais échanger mes fluides avec mes collègues du métro.
Face à moi, un amerloque de compète. 1m90, le cheveu blond, l'oeil myosotis, la cinquantaine musclée, le sourire plein de dents méridolées quand il me regarde. La bête élevée au grain qui a bien gambadé dans la cour de la ferme, si vous voyez le tableau. Un peu cliché mais joli cliché. Il me fait un peu penser au chanteur de CCR qui a beaucoup troublé ma jeunesse. J'aime la marmule, le costaud, le développé de l'épaulette, c'est comme ça. Puis, je note à ses côtés une baleine échouée dans un short XXXXL et des Birkenstock... ah ! C'est Madame !
Abandonnant l'affaire immédiatement, je plonge dans mon bouquin nouvellement acquis et oublie le poulet fermier et sa dinde de Thanksgiving.
Je sors à Saint Lazare et croise le regard des deux étasuniens qui me dévisagent maintenant avec du napalm dans les yeux.
Mais que ce passe-t-il, m'interroge-je ! Et puis je vois le titre de mon bouquin en le rangeant dans mon sac :
FUCK AMERICA