Bloody Lilith, fucking sales !
Ce soir, je vais enfiler une nuisette de bure qui gratte les miches et je me flagellerai sévèrement avec une gerbe d'orties.
J'ai déconné dans les longues largeurs.
Ça avait pourtant bien commencé. N'ayant pas d'engagement professionnel, je me suis mise à la confection d'un outfit papal pour la prestation de mon fiancé au Bataclan le 5 juillet prochain. On donnera des détails plus tard, pour l'heure on vous laisse mariner tel le hareng dans l'huile.
J'ai ensuite confectionné de mes petites mains industrieuses une fort jolie quiche aux fruits de mers, puis fait la lessive, le repassage, la vaisselle, et gnagnagna, une vraie ménagère de plus de 50 piges.
Toujours très Cendrillon, je me suis mise en tête de raccourcir la robe que m'a confiée à cet effet mon amie Haïku, qui comme son nom l'indique culmine plutôt bas, bien qu'avec une grâce à nulle autre pareille.
C'est une robe rouge et oups ! Ventre Saint Gris ! Plus de fil carmin dans mes bobines !
Qu'à cela ne tienne, je prends vaillamment le train et me rends à la capitale, Marché Saint Pierre, pour acquérir l'élément qui fait cruellement défaut à mes travaux d'aiguilles.
Merde noire sur la ligne... pas moyen de descendre à Abbesses, je marche donc depuis Saint Lazare, nez au vent.
Que vois-je ? C'est les soldes !
M'en fous, j'ai pas un rond et des armoires pleines. Je peux rester couverte jusqu'en 2 100, et je crains de n'avoir pas besoin de me mettre grand chose à cette date.
Youpla, je suis rue d'Orsel, bientôt arrivée chez Haïku à qui je vais faire une petite bise avant de faire mon emplette bobine.
Pute borgne ! Bordelakeu ! Stock Griffes s'est réinstallé dans le quartier !
C'est là que j'ai dépensé le plus de pépettes quand j'étais plus riche et que j'habitais le 18ème. Des vêtements pas à la mode, mais à leur mode, donc indémodables, bien coupés, beaux tissus, qualité top toupet. La marque principale, c'est Lilith. Dans la boutique de la rue du Cherche-Midi, j'entre, je regarde et je ressors. Le petit pull à 350 euros, même quand j'avais plus de blé, c'était déjà beaucoup trop cher pour ma pomme.
Mais là, c'est 50 % moins cher. Et comme c'est les soldes, c'est 50 % de 50 % moins cher.
T'as pas un rond, que je me dis, mais tu peux toujours te rincer l'œil, ma fille.
J'entre, les sphincters serrés au max, et je visite. Évidemment, tout il est beau, tout il va m'aller pile-poil, et surtout ce manteau mastic, là, qui chez Cherche Midi devait coûter 500 euros, donc 250 ici, donc 125 pendant les soldes.
Tu peux toujours l'essayer, que je me dis, ça coute pas cher d'essayer.
Alors j'essaye. C'est un peu mon manteau perso fait pour moi exclusivement, on va dire. Il me va comme Bouvard à Pécuchet, la cruche à l'eau et les gondoles à Venise.
Le vendeur est sur mon dos. « Y'a deux poches », qu'il me dit. « Oui, mais elles sont cousues », que je lui répond. Il s'approche, et, très bourrin, tente d'arracher les coutures. Toc. Un accroc. Le mec est vert. « Si vous le prenez, je vous fais un prix, bien entendu ! ».
Bon, ben je le prends, alors.
Pfff... 100 euros dans un manteau, moi qui suis raide de chez raide.
Je file chez Haïku, un peu contente, un peu contrite, et je lui montre ma bêtise.
Ses yeux s'illuminent, elle est en extase.
Elle file à la boutique pendant que je garde la sienne et se paye le même.
Il est trop beau.
Alors maintenant arrêtez de dire que je suis pas une fille normale, comme les autres et tout et tout.
Je suis une pétasse de base, et Haïku aussi, du coup.
Après, j'ai acheté ma bobine de fil rouge et je suis rentrée à la maison, les copains de Lili avaient mangé toute la quiche aux fruits de mer.
Salut, je vais préparer mon bouquet d'orties.
Ouiiinnnn, je ne suis qu'une pôv'fille !