Vamos a la playa - 1
La plage, ça change avec l'âge.
Petite, je n'ai pas connu. C'était wild west coast, plouf directo des rochers dans l'océan, où qu'on avait même pas pied !
Là.
Ca m'a appris l'immersion immédiate en eau froide, sans paliers précautionneux.
J'entre lentement jusqu'aux genoux... brrr... ouh la vilaine vague qui vient de me fouetter le bas du maillot... arghhh... je m'humecte délicatement les épaules en poussant des cris d'orfraie... yaketiyak... et je me rue illico sur ma serviette en déclarant que finalement, elle est imbaignable, cette flotte.
Un orteil trempé du bord du plongeoir en roche graniteuse. Le nougat ne vire pas au bleu, l'ongle ne se rétracte pas peureusement façon félin. Ca veut dire qu'elle est bonne. Bonne en breton, ça se dit « mad », qui signifie barjot en d'autres langues, tu m'étonnes.
Mais ça c'est du souvenir très perso. Pour la plupart, les vacances enfantines à la mer, c'est le seau, la pelle, la bouée, le sable et le club Mickey.
Pour les ados, c'est au soir tombé que la plage devient intéressante. Il s'y passe des trucs. Le joli garçon repéré du coin de l'oeil par une tripotée de lolitas plus ou moins boutonneuses tient sa cour autour d'un feu de camp.
On boit de l'alcool en bande et contrebande, parfois circulent même des substances fumatoires pas très catholiques.
Le héros de la plage joue des choses molles à la guitare et évalue d'un oeil expert, entre deux accords plus ou moins heureux, laquelle de ces gourdasses est la plus à même de lui céder sans trop faire de chichis (beignets-chouchous).
Elle finira dans les dunes, pour un dépucelage hâtif, sablé et vite fait. C'est tellement romantique. Au mieux, l'aventure durera jusqu'à la fin des vacances. Au pire, le beach bum changera de partenaire dès le lendemain soir, semant morbacs et coeurs brisés tout au long de l'été.
Nous voici en couple. Jeunes et sans progéniture. La plage, on s'y emmerde copieusement. Ou plutôt, Monsieur s'y emmerde. Il tente bien de lutiner discrètement sa compagne à l'abri d'un parasol ou d'un auvent, mais elle ne veut rien savoir, elle bronze.
Plus tard, avec enfants, l'aventure devient épique et le matos impressionnant. Papa-Maman déboulent chargés comme des mulets. Les serviettes, les jouets, les couches, le goûter, les crèmes, les parasols, les casquettes...
Majestueuse caravane au passage de laquelle même les chiens n'aboient pas, médusés par un tel bordel.
A cette période de la vie, la plage, c'est épuisant.
Les nains s'éparpillent, se disputent, tentent de se noyer, bouffent du sable ou des crottes de mouettes, ont faim ou soif, chaud ou froid, veulent faire un château – mais pas comme ça, ont fait caca-maillot, veulent une glace – mais pas comme ça, se prennent le ballon du petit hollandais d'à côté en pleine poire, veulent bien mettre des flotteurs – mais pas comme ça...
C'est à la cinquantaine que reviennent le calme et le plaisir... avant la rechute fatale avec les petits enfants, sans doute !


