Ah, je ris de me voir si belle en ce bouclard...
Chaque blog donne une image assez précise de son auteur.
Mais l'image est-elle vraiment fidèle ou idéalisée ?
Mettre en scène et en mots sa propre existence, c'est formidable ! On la maîtrise totalement, on la contrôle. On peut même organiser sa propre mort et disparaître du jour au lendemain, sans explications. On est maître de sa destinée.
Deus ex machina.
N'est-on pas tenté de créer pour régner sur notre propre histoire virtuelle un autre qui certes nous ressemble, mais en plus héroïque, en gommant un peu les imperfections, en gonflant un peu le CV ?
Juste histoire de plaire aux autres, qui nous regardent derrière l'écran.
Les commentateurs sont à 99% sympathiques et consensuels en diable. Combien de «Oh oui, tu as raison... je pense pile poil la même chose... c'est absolument génial ce que tu écris... Nan, j'étais mode en kif... »
Ca vous polit le miroir et l'ego, non ?
Ah que l'on rit de se voir si belle (beau) !
Tu m'étonnes que beaucoup deviennent accros à cette avalanche de pommade quotidienne.
On finirait par croire qu'on le vaut bien.
Toute voix dissonante est immédiatement considérée comme inélégante, infréquentable. Même si elle avance une vérité toute nue.
Aucun os dans la pommade, please. Tout doit être lisse, nous sommes tous des êtres fabuleux, gentils et éminemment sociaux.
En gros on a le droit de dire du bien, jamais du mal.
Vive la Blogsphère Bisounours.
A bas la polémique, adios le débat, quand il n'est pas compassé, impersonnel et purement intellectuel.
Je ne dis pas que tout échange se doit de virer au pugilat, personnellement, c'est la rigolade qui m'intéresse. Mais l'auto-censure, dans les posts comme les coms, me navre.
Je fais bien sûr allusion au mot de Macaron déplorant tout cru l'indélicatesse manifeste de l'un de ses visiteurs.
Eut-il été étranger au petit monde Blogo, tout un chacun se serait empressé de compatir et congratuler farouchement : « Tu as bien fait... comme je te comprends... il m'est arrivé la même chose... non mais je te jure... ». Mais non, quelle audace, la victime sanguinolente de cette violente diatribe fait partie du cercle.
Voici donc Mac mis au ban de la bonne société virtuelle, les noix du Vaticole s'égosillent, les gardiens de la convenance constipée ont les sphincters qui lâchent.
Mac est mis à la marge.
Quand on voit la page, on lui envie sa position, l'air qu'on y respire est bien moins confiné.