Ma secrétaire particulière
Dans un lointain passé, j’ai été l’assistante du Directeur du Planétarium de la Cité des Sciences in La Villette.
Le type n’était pas mâle, c’était un bâton de testostérone. Intelligent, compétent, mais pas subtil pour un Franc (donc 0,65… €). Nonobstant, nous nous entendions à merveille.
Le planétarium était alors en construction, je me suis barrée quand il a ouvert, non sans avoir profité de l’inauguration qui a tout de même payé sa chatte. Miterrand in person, le site transformé en fin de soiréeen discothèque sous ciel étoilé, un grand souvenir…
Bref, y’avait quand même un sacré boulot pour ouvrir ce truc-là et, un jour de grande bonté, Pasubtilpourunfranc décide de m’adjoindre une secrétaire, pour me décharger un brin.
A moi de la recruter. J’ai carte blanche.
Je reçois une demi-douzaine de candidates. Toutes bien comme il faut, avé les diplômes, l’expérience, la raie au milieu et les chaussures barannées.
Je ne sais que choisir. Mon problème est simple. Il va falloir que je me fade la demoiselle 8 heures par jour, puisqu’elle doit partager mon bureau. On a intérêt à se trouver quelques atomes crochus.
Arrive la dernière. Une grande brune maigrelette avec une tronche légèrement en biais. Une belle moche, ou une moche belle, comme on veut on choise. Du genre Judith Magre. Du chien, mais sans la laisse.
- Bonjour !
- Bonjour, je m’appelle Sarah D.
- Très bien.
- En fait non, faut pas que je mente, je m’appelle pas Sarah.
- Ah ???
- Je m’appelle Danielle, mais comme vous aussi, ça va créer une combustion et j’aime mieux pas.
- Une combustion ? Euh… une confusion, peut-être ?
- Oui, les deux aussi, en plus, peut-être…
- OK. Bon. Vous avez de l’expérience ?
- A quel niveau ?
- Professionnel de préférence. Parce que personnel et amoureux, ça ne va pas trop nous servir. C’est un planétarium que l’on construit, pas un lupanar, si vous voyez ce que je veux dire !
- Ah non, alors là, je vois pas du tout !
Bon, c’était la moins pro, mais de loin la plus drôle. C’est elle que j’ai choisie.
Il a fallu fréquemment refaire le boulot derrière elle, rattraper ses multiples conneries, mais au moins on s’est bien marré !
Elle avait le chic pour se mélanger les crayons, surtout niveau vocabulaire.
Un jour, un fournisseur furieux des délais de paiement (extrêmement longs…) m’appelle pour la 6ème fois de la journée. Lasse, je décide de faire monter Sarah au créneau.
- Tu le prends, j’en peux plus. Tu lui dis qu’il se calme, il sera payé à la fin du mois, pas avant, pas après. Vas-y, cause dans le poste !
Sarah s’exécute. J’entends son interlocuteur vociférer au bout du fil. Sarah s’échauffe, le rouge lui monte aux joues. Soudain, explosant, elle coupe à chique au furibard et glapit d’une voix stridente :
- Ah non, ça suffit Monsieur, s’il vous plaît, je vous prie de bien vouloir rester coït !
Le mec s’est calmé aussi sec ! Comme quoi elle n’était pas si nulle que ça, ma secrétaire particulière.
Elle a quitté la scène de façon étrange.
Monex était ingé son sur un court métrage assez particulier. « Coup de pompe ». Tout était filmé au-dessous du genou. On ne voyait que des mollets et des grolles.
On recherche une paire de jolies gambettes pour caser dans les escarpins de l’héroïne. Je mets Sarah sur le coup, elle avait des cannes d’enfer.
Hélas ! Une semaine de tournage a suffi à la faire disjoncter complètement.
De retour au bureau, elle me flanque sa démission.
- J’arrête tout, j’ai trouvé mon kurma, je vais être comédienne ! D’ailleurs, si j’avais choisi Sarah, c’est pas par hasard, hein… Sarah Bénard !
J’ai bien essayé de la raisonner, en vain.
Son premier rôle lui était monté au citron. Elle avait les chevilles enflées. Elle jouait très bien comme un pied, voire deux, mais c’est loin d’être suffisant pour faire carrière.
Je ne l’ai jamais revue.