Sakaï City
Dans la série des Noëls Kipu, j’en ai connu un à l’export, à Frankfurt am Main, où Premier a résidé pendant deux ans.
Je prends mes billets d’avion sur le net et nous déboulons en Teutonie à 3, Second, Lili et moi, un 24 décembre après-midi au royaume du banquier heureux.
Première impression : ça caille velu !
Aucune idée de la température effective, mais c’est sauvage. Est-ce pour cela qu’il n’y a pas un Katz dehors ? La ville semble déserte. C’est la veille de Noël quand même, ça devrait grouiller. Les boutiques devraient être sur les dents, les restaus sur les fourchettes.
Non, rien. Dead zone. Y’a eu un virus, ou quoi ?
Bon. Premier nous emmène dans son chez lui. Pas mal, mais ça caille.
Il nous dit fièrement qu’il a passé sa journée à nettoyer, en effet, c’est nickel chrome.
Vu qu’il se fait 19 heures et qu’on a les crocs, je propose de préparer un petit dîner festif. Premier se décompose. Tout à son ménage, il a oublié de faire les courses. Et tout est fermé. TOUT. Pas le moindre arabe du coin, que pouic.
Faisons avec ce qu’il y a, dis-je, on se rattrapera demain !
Il n’y a rien.
Ah, si, un paquet de riz. Attention, pas du basmati, hein. Le genre de graines à te fâcher avec ta perruche si tu lui en refiles à bouffer.
Sublime réveillon, donc, riz pourri – eau du robico.
On se couche tôt. Même dans le lit, ça caille.
Le lendemain, ragaillardis par la frugalité de notre repas de fête, nous décidons d’explorer la ville et de nouer de chaleureux contacts avec les indigènes, en leur échangeant quelques bimbeloteries tintinnabulantes contre les productions locales (saucisses, choucroute, gâteaux pansus et méga chopes de binouse).
Y’a personne ! Tout est clos ! Un délire… tous les teutons se terrent chez eux.
Nous errons dans les rues glacées et vides, trouvons pour nous restaurer un petit turc dans un cul de basse fosse qui nous sert une pizza en plastoque au prix de l’ortolan.
Je supporte mal le froid, ma peau se parchemine, mon nez menace de se casser net et de tomber. J’ai deux paires de tout, gants, pantalons, chaussettes, mais je caille !
N’ayant croisé âme qui vive de toute la journée, nous prenons quelques photos avec des mecs en carton sur une fresque, le long d’un magasin en travaux.
On mange le soir dans un restau chinois bien nul et on se couche de bonne heure.
J’ai hâte de partir.
Le lendemain, aéroport et cata supplémentaire.
Je me suis trompée dans mes résas. J’ai pris un retour pour le 26 janvier au lieu du 26 décembre ! Je défaille… l’hôtesse, devant ma détresse absolue, m’arrange le coup pour le lendemain. Encore une journée à passer dans ce bled que je commence à trouver saumâtre.
Indication : le 26, tout est fermé aussi, à Francfort, paraît que tout se réanime le 27.
Et puis, bordel, qu’est-ce que ça caille !