Le gros rouge qui tache
Noël, maintenant, je m’en tape.
Ca va pour les enfants, quand ils sont petits. C’est mignon.
Je me rappelle avoir organisé des mises en scène poussées avec Cagolex, quand nos nains étaient minus et croyants (au Père Noël).
Dès qu’ils s'endormaient, le 24 au soir, on disposait les cadeaux sous le sapin. Puis on organisait le trajet neigeux de Papa No. On trempait les semelles humidifiées d’une grosse paire de bottes dans la farine, et on laissait des traces de pas, allant de la cheminée au sapin, et retour.
On terminait la soirée à deux, c’était toujours tendre et drôle.
Le lendemain matin, les petits ouvraient des yeux d'OVNI devant cette preuve irréfutable de la visite de l’auguste vieillard.
Je faisais semblant de râler en nettoyant les traces, et j’insultais bien haut le coupable en le traitant de « Gros Rouge qui tache ».
Les enfants me suppliaient de me taire. Et si je le vexais ! Et s’il ne revenait plus !
Tu parles, répondais-je, il n’entend rien, il est sourd comme un pot, Gros Rouge…
Noël s’est gâté au fil des années.
Gros Rouge n’a plus laissé de traces.
Le dernier réveillon passé « en famille » a été particulièrement croquignolet.
J’avais acheté des cadeaux à tous, cuisiné tout l’aprem.
A 20 heures, nous étions tous attablés.
J’espérais que ce moment marquerait une trêve dans la crise aiguë qui déchirait mon couple.
Le repas fut bâclé en ½ heure. Les enfants déclarèrent qu’il était idiot d’attendre le lendemain matin pour les cadeaux. OK. Une fois tout déballé, il montèrent dans leur chambre. Cagolex décréta qu’il était fatigué et s’enferma dans la pièce du fond pour jouer de la guitare, je ne le revis pas de la soirée.
Il était 21h. J’étais là, toute seule au milieu des papiers déchiquetés, de la vaisselle sale. J'ai beaucoup pleuré ce soir là.
Bien évidemment, personne n’avait pensé à me faire le moindre petit cadeau.
Joyeux Noël, Thérèse !