I'm a man, yes I am, yes I am, yes I am...
« T’es un vrai mec, toi ! »
On me le dit souvent. Non que je roule des mécaniques et me remonte d’entre-deux en rotant complaisamment. Non que je déclenche des rixes dans les bouges interlopes en traitant les métrosexuels de tarlouzes. Je ne joue ni au foot, ni au rugby, ni à rien que dalle.
C’est à l’intérieur que ça se passe. Depuis toujours, finalement.Quand je suis née, ma mère est tombée illico dans la grosse déprime.
Attention, pas le baby blues lambda auquel toute parturiente a droit en cadeau avec le paquet de Pampers et le flacon de Mustela. Non. La dépression maousse.
Elle ne comprenait pas. Elle avait porté « Pierre » pendant neuf mois, lui avait parlé, avait calmé ses coups de pied vigoureux avec des caresses et des chants très doux, avait été fière d’avoir en elle une paire de joyeuses (occasion rare pour une femme), et voilà le résultat ! Une grosse bébé blonde et effroyablement démunie des attributs du sexe dominant.Elle refusa de m’allaiter, de me choisir un prénom.
Ma grand-mère, prenant les choses en main, proposa Fanny (parce que Marius – oups, moi qui déteste les pagnolades), Edwige (parce que Feuillère – qu’on considéra un peu prout prout pour notre modeste condition), et finalement Danielle (parce que Darrieux), que ma mère accepta d’un faible hochement de tête, puisque Danielle, c’était un peu androgyne tout de même.
Et mon père, me direz-vous, n’avait-il pas son mot à dire ? Il était si parfaitement heureux qu’il arrosa l’évènement pendant une semaine, dans les larmes de joie et les tournées incessantes offertes par ses potes.Je me dis aujourd’hui qu’il est fort heureux que je sois restée fille unique. L’arrivé d’un couillu dans la famille m’aurait définitivement privée de l’affection maternelle, qui finit tout de même par poindre, faute de mieux, faute de mâle.
Est-ce de ce trauma initiatique que me vient cette grande gueule toujours prête à cracher quelque crudité bien assaisonnée ?
Ce goût de ne point rester gardienne de l’âtre et de partir chasser, fière de rapporter le mammouth à la caverne en le tirant par les trous de nez ?
Ce refus et la peur de se laisser annexer, acheter,asservir et surtout enfermer ?Cette surdité absolue au chant des violons et déclarations romantiques qui sonnent à mon oreille comme de l’André Rieu à Bayreuth ?
Oui, je suis un homme, et c’est bon. Merci Maman ! Merci également de m’avoir dotée d’un corps de femme pour en profiter pleinement. *
* Par contre, niveau plomberie et électricité, je suis une vraie tafiole…
PS : pour les petits jeunes qui ne connaissent pas, jetez une oreille sur le morceau de Chicago ci-dessus, un fleuron absolu des seventies sur lequel j'ai tant dansé que j'en ai encore les nougats endoloris.
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