Putain de merde !
Je suis accro, il faut bien le dire. Je l’avoue. Là, vous ne pouvez pas voir, mais je lacère de mes ongles rongés jusqu’au sang mon chemisier en soie sauvage du Japon (un Stella Mc Cartney, je reste fidèle aux marques qui marquent), je me navre, je m’exsangue à la lecture de vos posts et à mon silence auto-imposé. Alors oui, bien sûr, je fais l’offrande discrète d’un commentaire, ça et là. Je signale mon auguste présence dans la narration modeste de vos vies superfétatoires. Mais que diable ! Pourquoi me suis-je punie ? Pourquoi ne puis-je vous repaître des aventures sublimes de ma vie forcément et férocement fantasmatique ?
Je sais que vous vibrez par avance à mes récits palpitants.
A ma nouvelle machine à laver, Heidegger. Est-elle toujours vaillante et prompte à nettoyer la noirceur du monde et de mon slip ?
A mon nouveau job fascinant de vendeuse prolétaire dans une boutique qui vend de la daube au prix du caviar dans un quartier TROP hype de la capitale que le monde entier nous envie avant de l’avoir visitée (après, un peu moins, du coup).
A mes amours improbables et multiples qui n’ont d’amour que l’appellation générique que l’on peut donner à des relations horizontales plus ou moins brèves entre personnes de sexes complémentaires et encastrables.
A mes goûts musicaux extrêmement pointus (de Berthe Sylva à Marcel Merkes, en passant par Van Halen et l’Internationale), qui d’avance vous font entrevoir l’étroitesse de votre horizon auditif.
A mes aventures quotidiennes : oubli d’un dindonneau dans mon sac à main, glissade sur une crevette moisie dans la rue… qui vous renvoie tristement à l’inanité de vos questionnements sur l’existence.
Je sais. Je suis un phare. Une lumière pour les âmes perdues en quête de sens. Je m’efforce très modestement de remplir ma tâche, d’habiter ce costume de leader maxima que le destin m’a confié.
Alors pourquoi m’être tue, quand la plèbe geint et réclame mon oracle ?
C’est à cause de Philémon.
Je ne savais comment le dire, et comment lui dire, mais voilà, on va dire que ce sera comme ça.
Je suis une déesse sublime, tout le monde en conviendra (qui a rigolé ???). Mais c’est pas pour de vrai… voilà, j’ai fait mon coming out.
Je t’aime bien, j’adore la façon dont tu écris, mais niveau réalité tangible, y’a pas possibilité, comme ils disent, les jeunes. Je suis ravie que tu aies ouvert ton blog, je vois que tu as une kyrielle de fans énamourées, et je m’en réjouis sincèrement, mais alors, vraiment sincèrement, avec le franc sourire et tout et tout.
J’aimerais bien pouvoir aller te lire et écouter tes trouvailles musicales sans me sentir particulièrement visée par ce que tu nous racontes. J’aimerais aller au concert de mon fils sans être certaine de te trouver dans la salle (mais tu peux venir quand même la prochaine fois, mais on sera juste tous ensemble)
En même temps, il est rassurant de penser qu’on peut intéresser un homme de qualité à mon âge avancé !
Les filles (il y a beaucoup de trentenaires parmi vous), la vie commence à 50 ans, ou plutôt, elle recommence… mais elle est toujours aussi compliquée. Putain de merde !