La Mère Cantile

Publié le par PRISE DE CHOU


Découvrez Nino Ferrer!
Je pense n’avoir aucun avenir dans le commerce.

Hier, pour dépanner un copain qui tient boutique rue Mouffetard, j’ai fait vendeuse dans le prêt-à-porter.

J’étais très propre sur moi, toute en noir. Slim cuir, boots à talons, petit pull échancré, deux trois bijoux, maquillage léger et élastiques aux coins des lèvres pour garder le sourire.

10h30 – 19h30 avec une petite pause de 10 minutes dans les wawas du magasin pour faire pipi et manger un sandwich, deux en un.

Babs, la sœur du tôlier, grande prêtresse du lieu, m’a initiée au boulot.

1 – Faire le ménage en grand

Faire briller les innombrables miroirs, pschitt pschitt, récurer le sol, dépoussiérer tout le toutim.

2 – Ranger la came correct

Les cintres tous dans la même direction.

Veiller à l’harmonie des couleurs.

Reboutonner et refermer tous les fringues qui « baillent ».

Plier les vêtements sur étagère au cordeau (y’a une technique de ouf pour que les jeans du 32 au 46 soient d’équerre… j’ai pas réussi du premier coup)

3 – Vendre n’importe quoi à n’importe qui.

Credo : toute cliente qui pénètre dans la cabine d’essayage est cuite. Elle veut ce bout de tissu, il faut qu’elle reparte avec.
Tout lui va. On s’extasie, on penche la tête sur le côté avec un regard mouillé, on est foudroyée devant tant de beauté, on écarquille la prunelle façon Konica grand angle, on fait feu de tout bois.

Elle était lambda en arrivant, avec de petit haut à 95 euros, c’est une reine. Sublimée, révélée, déifiée.

Faute de connaître la boutique et les stocks par cœur, on est priée de dire que oui, c’est la bonne taille, ça se porte comme ça.
Quoi ? Vous flottez là-dedans comme un petit pois dans un sac à courges ?

Mais c’est hype, ma chère ! Kate Moss ne sort jamais sans son sac à courges, n’est-il pas ?

Comment, ça vous boudine ? Comment ça vous sculpte des bourrelets de Bibendum ? Mais c’est incontournable (même si vous ne semblez contournable qu’avec un jogging d’une demi-heure) !

Quand je vends mes galurins maison, je me fais un devoir et un plaisir de trouver le bon chapeau pour la bonne tête, j’essaye de vendre, oui, mais de rendre mes clientes plus belles, même si pour certaines, le passe-montagne semble la seule coiffure viable.

Là, en mission pour le côté obscur du négoce, je tente de refourguer n’importe quoi à n’importe qui.

Oui, j’ai vendu un manteau verdâtre (310 euros) à une pauvre fille… ça lui faisait un teint cadavérique, et je l’ai fait avec morgue.

J’ai refilé un jean lambda (145 euros) à une grassouillette en lui affirmant qu’il lui faisait un cul d’anorexique.

J’ai supporté avec grâce les odeurs d’aisselles rances, les bourgeoises blasées, les metteuses de souk, les esseulées qui vous racontent leur vie, les connes…

Un vrai rôle de composition.

Ce serait presque amusant même, si la pièce ne durait pas 9 heures (pratiquement le Mahabarata dans le boudoir), si on pouvait jouer en charentaises, et surtout, surtout… si le cachet n’était pas si minable !


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Publié dans FRIENDS

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E
Bon courage pour ta nouvelle journée alors!! ;-)<br /> Emy.
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P
J'y retourne aujourd'hui. Mes pieds pleurent rien qu'à la perspective... qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour survivre !
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P
C'est marrant, mon premier atelier de lutherie Rue du Saint-Sépulcre à Montpellier (non, Chou, on ne fait aucun commentaire), était situé à côté d'une boutique tenue par quatres jeunes femmes artisanes et artistes, qui avaient baptisé leur boutique les Mères Cantiles, ça me rappelle de très bons souvenirs.<br /> Comme vous, je n'ai jamais été très commerçant dans l'âme. Mais j'admire votre constance et votre stoïcisme.
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D
Heureusement que tous(tes) les vendeurs(euses) ne sont pas comm'ça...<br /> Cela dit, Prise de Chou, t'es bien trop honnête pour faire ça à plein temps... Le Chou de la farce, en quelque sorte...
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A
Tu me rappelles une expérience vécue à l'âge de 20 ans.<br /> J'avais été soi-disant pistonnée pour travailler dans une boutique de mon cousin qui avait créé une marque...<br /> J'ai TOUT ressenti exacrement comme toi! Au bout de 48h, la famille m'a fait comprendre, avec des gants, que je n'étais pas faite pour ce métier.Ils avaient peur que je déprime à mort! C'était surtout mon passage chez eux qui m'avait anéantie!<br /> Depuis, j'ai vendu d'autres cordes reliées à mon arc. J'ai été très honnête. On a eu confiance en moi...mais cela ne m'a pas rapporté grand-chose. Ce sont principalement les raisons qui m'ont fait retourner çà l'Educ. Nat. Car dans cette administration de merde, même si je n'ai pu vraiment faire tout ce à quoi je croyais, je suis parvenue à biaiser.Et ce n'était pas pour arnaquer, mais au contraire pour que les gamins réussissent mieux MALGRE les consignes officielles absurdes!
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