RAOUL - Baizenville
RDV – Gare Saint-Lazare – 18h30
J’ai failli coller un vent. Lassitude. Ras le bol des Raouls. Combien en ai-je rencontrés en quelques deux ans. Je ne sais plus. Et le pourcentage de Marcels dans la masse raoulienne ? Infinitésimal.
Pourquoi continuer, alors ?
Parce que sur le plan ventriculaire, je me fait tartir sévère. C’est vide, y’a plus rien, les plaies sont toutes cicatrisées, les relations apaisées, bref, ça va bien, mais ça va creux.
Je vaque à mes occupations, je fais les gestes, je fonctionne, mais j’ai l’impression d’être en play-back. J’ai mes potes chéris et indispensables, mes enfants qui sont évidemment les plus somptueux du monde (pas un mot, ou je tire !), je bosse, je rigole, je baise, même…
On est tous pareils je suppose, les bienheureux qui ont eu la chance d’aimer et d’être aimés – avec concordance des temps, c’est mieux – et pour qui ça s’est terminé. On est en manque de stimuli, de peur, d’adrénaline, de joies intenses et même de douleur.
Je me sens comme un mérou blasé frayant mollement dans une eau vive et de plus en plus glacée.
Pour me consoler, je me dis que je ne suis pas dans un bocal, comme beaucoup de vieux couples mérous qui barbotent en rond sans plus avoir rien à se buller et qui attendent placidement de voir lequel se retrouvera à nager sur le dos le premier… brrrr… j’en ai des frissons dans les nageoires.
La natation en bocal n’est plus ce qui m’attire. J’espère simplement une montée en flèche de la température aquatique. Car quand l’eau bout, le mérou pète - de joie (désolée !).
Disons donc simplement que je m’emmerde dans les grandes largeurs et qu’ainsi, je me retrouve à 18h30 sous la statue en grappe de pendules, Gare Saint-Lazare, Paris 9ème, en attendant Raoul.
Et le voilà justement, fringant, tout propret de sa personne, avec la raie sur le côté et un magnifique baise-en-ville en bandoulière.
Ca commence dru. J’aime pas les baise-en-ville.
A suivre…