RAOUL - Soupochou
Mes potes me disent :
« Tu exagères. Tu enchaînes les Raoul comme on enfile des perles. Aucun ne trouve grâce à tes yeux. Bondela de bondela ! Sois moins dure, moins exigeante… LAISSE UNE CHANCE AU PRODUIT. Tu espères quoi ? Un coup de foudre au premier regard ? A ton âge et au leur, y’a de la calcification dans le caractère, plus encore que dans les articulations. Cool, avec Raoul ! »
J’écoute, et je promets de m’amender…
RDV 18 h – Devant le Théâtre du Châtelet
Raoul n’était franchement pas mal sur la photo. Une tête un peu carrée, avec de jolis yeux de vache mièvre, un nez de boxeur et un sourire en coin. J’ai bien conscience que ma description ne rende pas le produit attractif, mais attractif il m’a semblé.
Avec ça, un français impec. Loin des nombreux « J’es attendu de vous rencontré depuis long tant, je suis sur que vous étié la femme de ma vit » qui me font débander aussi sec.
Raoul déboule.
Bon, lui aussi a menti sur sa taille et sur son âge, mais dans des proportions acceptables, et puis je commence à avoir l’habitude.
Je suis au-delà de ça.
« Laisser sa chance au produit »
Mon nouveau credo, mon mantra, mon führer de vivre.
Nous nous installons en terrasse du Palais de la Binouze, j’ai une indigestion du Diable.
Raoul est moins disert à l’oral qu’à l’écrit. Pas grave. Je parle, je déblatère, je plaisante pour le mettre à l’aise.
On a au moins un point commun. Il a du se fader tous les concerts hype des années 70 et 80, avant de remiser ses cheveux et sa rock’n’roll attitude au placard pour se consacrer à sa vraie vie. Psychologue scolaire. Un choix uniquement fondé sur la longueur des vacances, m’avoue-t-il, parce qu’il aime voyager. Dès le cartable fermé, il part, loin de préférence, à l’aventure.
Ce qui en fait un produit éminemment exotique pour moi, qui connaît peu le monde au-delà du périf.
Nous nous quittons une heure plus tard, décidons de nous revoir à son retour. Il part une semaine à Evian, dans la maison familiale, avec son fils de 14 ans.
Je rentre chez moi dubitative.
Genre, ouaaais, mais nâââân !
Mais je fais un effort mantresque surhumain :
« LAISSER SA CHANCE AU PRODUIT ».
Pendant les jours qui suivent, les textos se ramassent à l’appel.
« J’ai gardé l’image de ton sourire dans le rétroviseur, la route en est ensoleillée »
C’est fort urbain, mais fais gaffe en conduisant, tout de même.
Chouette ! Mais faut que je remette la main sur mes moon-boots.
« J’ai mangé une soupe aux choux et des saucisses chez ma belle-sœur »
Voilà qui est plus prosaïque.
« Chaque kilomètre qui passe me rapproche de toi »
Géographiquement indiscutable.
Nous décidons de dîner un soir à Bastille, avant le concert de Duelle (voir pub antérieure).
Dans un petit Japonais vaguement crapoteux, Raoul commande un menu à 14 euros, je préfère celui à 16, je dois avoir des goûts de luxe.
Et où il est le Kilimandjaro ?
Addition. Devant son manque d’enthousiasme évident à dégainer son morlingue, je propose de faire moite-moite.
« Ah oui mais toi, t’as pris un menu à 16, non ? »
OK. Du calme. Mantra. Un peu interloquée tout de même, je paye rubis sur l’ongle ma part au centime près, et je laisse le pourboire, une coutume qu’il semble ignorer (au Kili, le pourliche, ça doit être woualou).
En route vers la salle de concert, où je retrouve les Black Pampers (mes potes djeunes) et, surprise !, accoudé au bar, Lexo le Pharmaco, un Marcel* sympa que je fréquente par intermittence lors d’agréables voyages immobiles en péniche (je sais, c’est crypté, mais je n’en dirai pas plus).
Me voilà en sandwich entre mes 2 meetic boys, sous l’œil narquois des Black Pampers, qui se gaussent comme des hyènes.
Raoul se laisse volontiers offrir une bière, ce qui finit de me défriser le mantra.
Soyons claire, je ne suis pas à la chasse au portefeuille et je n’exige pas d’être traitée comme une Marquise, mais il y a des limites à l’inélégance.
Fin du concert. Lexo s’éclipse discreto. Je ne peux m’empêcher de penser que je préfèrerais nettement finir la soirée avec lui plutôt que de me coltiner Raoul.
Texto dans le métro du retour.
« J’ai passé une soirée merveilleuse, je crois que j’ai trouvé ma Princesse »
Ben non, mon gars, c’est pas moi, j’en suis sûre !
J’ai pourtant essayé de laisser sa chance au produit, mais il dépareillait sévère dans ma tête de gondole…
* Marcel : non-Raoul