FRIENDS - Galette

Publié le par PRISE DE CHOU

 


Elle a l’œil vert et le cheveu rouge, le nez mutin et le rire tonitruant.

On doit être à notre troisième litre de thé et à notre dizième clope.

Il est onze heures, dimanche matin. La soirée a été longue et Galette m’a hébergée, j’ai dormi dans le lit déserté par sa fille, celui avec 3 couettes et 52 coussins. Bien dormi !

On s’est levées tard et on s’est retrouvées dans le petit séjour, pour le rituel du thé en hectolitres et des tiges de 8 à la chaîne. Pour faire causette, et cosette aussi. On ressemble à rien, Galette et moi, ce matin.
Elle a enroulé un paréo défraîchi autour de ses hanches, son T-shirt est franchement pourri et elle a couvert ses épaules d’un vieux chandail qui a dû être hype dans les années 80. Fait frais et on a ouvert la fenêtre, pour la fumée.

Je suis infiniment affriolante moi aussi, dans un jogging avachi et tricot de porc 3 tailles trop petit. J’ai omis de me démaquiller la veille, et comme le mascara, c’est bien connu, ça fond plus vite que la calotte glaciaire, j’évite de croiser mon reflet dans les miroirs. J’ai peur d’y voir un être hybride, entre la Folle de Chaillot et Pandy Panda.

 


Lovées dans nos fauteuils, avec nos vessies sponsorisées par Earl Grey et nos tronches du morning after the night before, on déballe notre sac à main.

Le vidage de sac à main est un sport exclusivement féminin. Il se pratique en groupe, minimum 2 femelles, mais peut concerner un troupeau relativement plus conséquent. J’ai participé à un vidage collectif mémorable à 10, un soir, dans un restaurant. Avouons que la piquette servie à l’occasion a contribué grandement au déballage général.

La femelle a besoin d’exprimer ses émois, en long, en large et en travers. Tous ses émois, tout le temps. Le mâle ne supporte pas, il appelle ça « Prise de Chou », d’où  l’importance fondamentale des copines. Spécimens indispensables qui trimballent aussi un sac à main plus ou moins garni.

 


Les hommes ont pour coutume peu ragoûtante de comparer la taille de leur sgeg. Les copines ne se la montrent pas, elles vident leur sac. Ca les fait beaucoup rire, parfois pleurer, ça les aide à vivre. Le regard compréhensif de la copine sur le foutoir de l’autre aide à piger des tas de trucs, à ne pas craquer, à continuer la route plus légère.

Prenons un duo bien rôdé : Galette et moi. Elle connaît tout le contenu du mien, jusqu’au double-fond bien cousu où je dissimule les choses les moins avouables, les plus secrètes. Je sais tout du sien. Mais je ne dirai rien. Les fonds de sacs sont parfois effrayants pour les non-initiés.

Bien que nous sachions tout du bardas de l’autre, nous déballons très régulièrement. Y’a toujours un nouveau truc à montrer.

Tout en écoutant Galette déballer son inventaire et en écaillant soigneusement mon vernis de doigts de pieds, je me remémore notre première rencontre.
C’était il y a quelques années, dans un pince-fesse néo-bobo d’un ennui suintant.
Mon homme de l’époque s’était trouvé un interlocuteur privilégié en la personne d’un technicien cinoche, et ces deux-là comparaient allègrement leur sac à main mécanique… Je vais te faire montrer qui c’est qu’a le plus gros matos. On n’en sort pas.


Un verre de sangria tiède à la main, j’errais de grappe en grappe, souriant aux anges dans un vide sidéral, jusqu’à ce que l’ante christ de la soirée me tombe sur le râble.

Sœur Sourire ! Une grande bonne femme décharnée à Birkenstock  et jupe gitane, cheveux gris folâtrant autour d’un visage sinistre, regard passant sans préavis du flou au perçant. Flippante, mémère !

Elle avait trouvé sa proie, et sa proie, c’était moi.
Coincée contre un radiateur, je subissais ses envolées théâtrales sur les bienfaits de la maïeutique appliquée aux anachorètes, l’ineptie du concept de citoyenneté chez les batraciens, la culture bio du topinambour dans le Schleswig Holstein…

La narcolepsie me guettait. Je jetais des regards désespérés à mon chevalier servant. Merde, j’étais en péril, il aurait dû venir à mon secours sur son fier destrier. Ca sert à ça aussi les mecs, non ?

 


Mais non, il avait entamé une polémique sauvage sur les avantages comparés du Sennheiser 350XF et du Sony Polyfunk Beta 8 avec son alter-technico. Autant dire que j’avais totalement disparu de son paysage audio-visuel.

Les fesses incrustées de plus en plus cruellement dans le radiateur, j’attendais, pleine d’espoir, que Sœur Sourire s’effondre soudain, terrassée par une embolie cérébrale fulgurante, ou tuée nette par une flèche dans le dos.

C’est alors que Galette déboula.


Une tornade verte de dentelles, de froufrous ravissants, des jambes de danseuse de tango gainées de noir, des bottines improbables, des cheveux flamboyants, des lunettes de guingois, et surtout une voix… Disons pour tenter une approche, que quand Galette vous fait une confidence à l’oreille, c’est Arletty qui beugle dans un mégaphone. Ca déplace de l’air, ça décoiffe !

 


Par chance, ou par pitié, elle s’approcha du radiateur maudit.

Sœur Sourire, ravie d’avoir une nouvelle victime à endoctriner, l’entreprit immédiatement :

-         Et tu fais quoi dans la vie ?

-         Je suis comédienne.

-         Comédienne, mais comme c’est fascinant ! Tu as joué dans quoi dernièrement ?

-         Mon dernier rôle, c’est Brocoli.

-         Ah ??? Brocoli ??? Euh… Oui… Bien sûr, suis-je bête, la Commedia del Arte. Le classique italien, j’adore. Tiens justement, Jean-Jérôme et moi, l’année dernière…

-         Ah non, ma vieille, tu te fourres le doigt dans l’œil jusqu’au coude, là. C’était pas du rital, c’était la semaine du légume vert chez Carrefour, et ces cons m’ont déguisée en brocoli pour me faire distribuer des tracts dans les allées du magasin. J’avais l’air con, je te raconte pas. Qu’est-ce qui faut pas faire pour gagner sa croûte ! Le mois prochain, c’est la promo paella. J’espère qu’ils vont pas me saper en chorizo, y’a des limites !

 


Soeur Sourire vira au gris souris et s’éclipsa prestement pour porter la bonne parole à des êtres plus dignes de sa considération distinguée.
Galette, depuis ce soir-là, c’est ma copine. Et pour une légumineuse, elle a sacrément la pèche, je vous prie de le croire.


Encore une tasse de thé ?

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Commenter cet article
M
<br /> <br /> C'est une photo de vous 2 ?<br /> <br /> <br /> Je m'incruste quelques secondes pour goûter au thé et te dire que je le trouve fort joli ce sac bien que certainement moins solide que votre amitié :)<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
C
<br /> <br /> Oui... c'est moi la grande et elle la rouquine ! <br /> <br /> <br /> <br />