Ta mère en tongs à la télé - Jean-Paul Etam

J’ai des goûts de luxe, et de sacrées illusions…
Quand je pense look, je fantasme sur Jean-Paul.
Pas Belmondo, non. Pas Chignard (le fils de la grosse dinde du 4ème), non plus.
Gaultier, plutôt.
Mais Dame Toche, ma copine comédienne, grande spécialiste du monde télévisuel, me l’a affirmé : « Oh la la ma pauvre… T’es tombée sur l’émission de relooking la plus cheap et la plus ringarde du PAF ». Me voilà rassurée.
Quand le Petit Marseillais me donne rendez-vous pour le lendemain matin, j’ai peur que ce ne soit chez Tati ou Toto Soldes. Voire chez Emmaüs. Non, ouf. C’est rue de Rivoli, dans le magasin amiral d’Etam.
Ca fait des années que je n’ai pas fichu les pieds chez Etam. J’y allais pour les chaussettes et les slobards de temps en temps autrefois ; il y avait une boutique près de chez moi, dans le 18ème. Mais au fil du temps, le bouclard en question s’est transformé en stock, une sorte de Goum pour travailleurs pauvres (un créneau porteur pour l’avenir immédiat), et j’ai laissé tomber l’affaire, non par snobisme, mais parce qu’on pouvait trouver plus joli au même prix, ailleurs.
L’une des pléthoriques assistantes de Miss a été chargée d’opérer une sélection dans la collection printemps-été du magasin. Miss a bien précisé : elle est grande, faut lui prendre du blanc, et elle fait du 36.
Je crains une nouvelle séance de torture du nougat. 39 les pompes, 39 ! Je ne vais pas me bander les panards toute la nuit pour me la jouer à la chinoise landaise encore une fois.
Non, il s’agit de la taille des fringues.
38, les sapes, 38 ! Je n’ai jamais fait du 36, je ne ferai jamais du 36, je refuse de faire du 36.
Mais quand Miss a une idée dans le crâne, inutile de polémiquer. C’est elle la spécialiste, l’œil de lynx de la fashion. Elle peut deviner ta taille au premier regard, si tu fais du B ou du C en bonnet de pèse-mou, si tu es plus sautoir que collier de clebs, la couleur du vernis que tu devrais appliquer sur tes doigts de pieds pour faire saliver Mimile, etc. Tant pis, elle comprendra son erreur quand je lui exploserai ses futals de toute la force de mes fesses plates !
Nous voici dans la place. Une batterie entière de cabines d’essayage a été fermée pour nous. Il y a de l’espace.
Chouchou fait finement remarquer que c’est pas comme hier, où on a été obligé de tourner dans ce gourbi minuscule. Soit il pense que je suis réellement sourdingue, soit il a le tact d’une panzer division dans un champ de navets.
Je crois qu’en fait, comme tous les membres de l’équipe à divers degrés, il ne me considère pas tout à fait comme une personne à part entière. Je suis une pièce de décor animée, un accessoire à manœuvrer.
Attention, je ne veux pas le séduire, ni même passer une soirée avec lui à faire des parties de manille coinchée ou de crapette en buvant des coups. Mais cette absolue transparence à laquelle il me réduit commence à m’agacer. C’est mon tout à l’ego qui trinque. J’aime bien qu’on m’aime ou qu’on me déteste, l’indifférence et le mépris me cassent le moral.
Bien fait pour ma gueule, personne ne m’a obligée à entreprendre cette aventure et à jouer les blocs d’agglo.
L’assistante de Miss déboule, poussant un portant chargé de fringues. Tout ça pour moi, tout ça en taille 36.
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