Ta mère en tongs à la télé - le canapé

L’ingénieur du son, qui m’a regardée comme un morceau de limande avariée depuis son arrivée, s’approche de moi avec un sourire commercial.
- Bon, je vais t’équiper. Tu vois, ça c’est un micro HF, je vais accrocher cette partie-là sous ton pull…
Est-ce que je lui explique que j’ai vécu 30 ans avec un de ses collègues, que je ne fréquente pratiquement que des ingés son, et que subséquemment, le HF a peu de secrets pour moi ?
Il continue son petit discours en détachant bien les mots, comme si j’avais 12 ans, ou une praire dans le cigare.
- Surtout, faut pas avoir peur !
Toi pas inquiet, moi pas peur ! Aucune phobie du micro, Chouchou, je passe ma vie dans l’intimité des micros, je gagne ma vie en crachottant dedans.
Chouchou m’harnache donc, me plante là et reprend avec le caméraman une conversation animée sur le somptueux iPhone qu’il vient de s’offrir, sur les jeans D&G que sa copine lui a rapportés de NY, sur ses prochaines vacances aux Maldives… Sondier chez M6, c’est apparemment pas mal payé.
Le cadreur est un grand métis à dreadlocks qui manie son énorme caméra avec une insouciante agilité. Plutôt sympa à première vue, le Funky.
Le cadreur est un grand métis à dreadlocks qui manie son énorme caméra avec une insouciante agilité. Plutôt sympa à première vue, le Funky.
Soudain, tout s’accélère.
Miss Extension pousse une gueulante parce qu’au bout de trois heures, il n’y a toujours pas une seule image dans la boite, Mélancolie me briefe pour la 5ème fois sur la substantifique moelle de mon personnage, les abeilles s’affolent, poudrent et lissent, le Petit Marseillais remballe les bonbecs oubliés ça et là, Chouchou et Funky se déclarent opérationnels.
On tourne
Miss Extension pousse une gueulante parce qu’au bout de trois heures, il n’y a toujours pas une seule image dans la boite, Mélancolie me briefe pour la 5ème fois sur la substantifique moelle de mon personnage, les abeilles s’affolent, poudrent et lissent, le Petit Marseillais remballe les bonbecs oubliés ça et là, Chouchou et Funky se déclarent opérationnels.
On tourne
Miss et moi sommes assises sur le canapé comme deux bonnes copines. Elle opte pour le sourire n°3, qu’elle réussit toujours merveilleusement : affection et légère commisération.
- Alors, Danielle, quel est ton problème ?
- C’est idiot, mais vois-tu, je ne sais plus comment m’habiller. J’ai 52 ans et… (je veux aller chez le coiffeur !)
- Et ton style, c’est quoi ? Ou peut-être, c’était quoi ?
- En fait, j’ai l’impression d’avoir mangé un Beatles dans les années 70 et de ne pas l’avoir encore digéré. (je trouve ton coiffeur top moumoute)
- Parle-nous un peu de toi ! Il paraît que tu fais des voix ? Quoi, par exemple ?
- Et bien des tas de choses différentes, il n’est pas impossible que je fasse le répondeur téléphonique de ta banque, par exemple (ou celui de ton coiffeur)
- Oh, c’est trop rigolo ! Montre-moi… Allez, j’appelle ma banque au téléphone !
Elle tapote un numéro imaginaire sur la paume de sa main.
- Bip, bip, bip, bip, bip… Oh, zut ! Un répondeur !
- Banque Machin, bonjour. Ne quittez pas, nous recherchons votre correspondant. (je l’aurai mérité, ce fichu coiffeur)
Quelques minutes de ce frais babillage, et c’est… Coupez !
Apparemment, je ne m’en suis pas trop mal sortie. Chouchou, qui au jeu des pouvoirs sur le set, semble se tirer la bourre avec Miss, glisse à Funky : « Bon, elle va pas trop faire chier, celle-là ». C’est dingue… Il croit que je suis sourde, ou quoi ?
Seconde phase du tournage, l’armoire.
Je vais passer les heures qui suivent à m’habiller, me déshabiller, changer de chaussures, de collants, de tout, sauf de sourire. Il faut à chaque changement de costume que je pose pour Funky de longues minutes avec aux lèvres un inextinguible sourire de béatitude.
Or, comme c’est opportun, je sens venir une attaque de moustache…
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