Valeur sentimentale

Publié le par CHOU

Je ne suis pas née dans une famille pleine aux as. Pas de Cahuzaquerie en Suisse, pas de coffres emplis de pièces d'or, pas de trésor.

Trois bagues. J'en ai déjà parlé ici. Ce sont ces bagues que ma mère m'a données quand elle se sentait décliner. Trois bagues vertes, une de la fin du XIXème, une des années 30 et la dernière des années 50. Elle m'avait dit, alors que je sentais bien que je la voyais complètement lucide pour la dernière fois :

- Tu en prends bien soin, tu ne les vends qu'en cas de grosse galère. On se les donne de fille en fille depuis longtemps maintenant. C'est ton héritage.

Hier après-midi, j'étais dans tous mes états. Pas moyen de mettre la main sur ma préférée, celle des années 30. J'ai cherché partout. Les deux autres étaient bien à leur place dans ce petit tiroir de la salle de bain, mais pas la plus belle.

Nous sortons avec Mac pour dîner dans le 14ème. Je suis d'humeur morose.

Dans l'entrée de l'immeuble, ma voisine du dessus, une octogénaire mesurant approximativement 1m40 avec des platform shoes, est en train d'essayer de coller une affichette soigneusement manuscrite sur le tableau des messages inter-copros.

"Bonjour Médème", disons-nous urbainement, et par simple politesse, je prends connaissance du message.

"Trouvée dans l'entrée, bague...etc."

Je fonds en larmes. 

- Elle est en or blanc, avec une émeraude et des diamants autour ? La pierre est carrée ? C'est la bague de ma grand-mère ?

La vieille dame est toute émue. Elle nous emmène dans son appartement impeccable et suranné, et me rend ma bague, qu'elle a trouvée sur le paillasson de l'entrée. J'ai du l'enlever et la mettre dans une poche pour transbahuter des trucs de travaux. Elle est tombée. Entre de bonnes mains.

Effusions, remerciements, promesses d'un apéritif (et achat d'un énôôôrme bouquet de fleurs en ce qui me concerne). Je retire la bague de pacotille que j'avais choisie pour ce soir et j'enfile à mon doigt la beauté retrouvée. 

De retour de notre dîner, pas très tard ce soir-là, avant minuit, nous pénétrons, rieurs et las, dans nos pénates en travaux.

La porte-fenêtre qui donne sur la terrasse est ouverte. Un oubli imbécile ? Non.

Elle a été forcée. Pourtant, rien ne manque dans le salon. L'ordi est là, l'appareil photo laissé sur la table est là, il ne manque rien ?

Si. Dans la salle de bain, le tiroir aux bagues est ouvert. Les deux bagues vertes restantes ont disparu.

Je suis triste. Très.

Je me sens coupable de n'avoir pas su protéger ce maigre héritage. Je n'ai pas de bijoux, pas de montres de prix, je me contrefous des parures dispendieuses, mais ces bagues là avaient une signification toute particulière pour moi.

Et puis je pense que la plus belle a réussi à échapper à la rafle, bizarrement et miraculeusement. Sans ces étranges péripéties, elle aurait été dérobée dans son tiroir avec les autres.

Voilà. Encore un signe de ma grand-mère ? Je refuse de virer dans l'étrange, mais... c'est étrange, et ce n'est pas la première fois.

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V
Je viens tout juste de découvrir votre site, wow, il est vraiment bien et en français. Félicitations, continuez votre beau travail. Je vais revenir et faire de la pub pour votre site.
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L
<br /> c'est article m'avait complétement échapé. Je compatis ayant vécu une histoire semblable : peu de bijoux mais surtout la bague de fiancaille de ma grand mere, trop petite pour que je puisse la<br /> mettre. Aucune valeur économique pour cette bague mais inestimable valeur sentimentale .... ma haine envers les voleuses (parce qu'ils ont été vues mais pas attrapées) est à la hauteur de ma<br /> tristesse , c'est pour dire.<br />
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C
<br /> <br /> J'évite d'y penser, ça me fait mal au coeur et je revois ma mère qui me donne ces "trésors" en garde. J'ai honte d'avoir failli, j'ai de la peine et un peu la haine aussi...<br /> <br /> <br /> <br />
A
je trouve cette coincidence bien incroyable. A se demander jusqu'a quel point la meme d'un metre quarante n'est pas dans le coup. Oui je sais c'est idiot mais on voit tellement de choses<br /> bizarres....Te souviens tu de votre echange verbal quand elle t'a rendu la bague ? As tu parlé de l'endroit ou tu les entreposais ? etc ... quelqu'un vous a t'il entendu ? Sans etre parano j 'ai du<br /> mal à croire que le hasard soit le seul responsable dans cette triste histoire (en tout cas ce n'est pas toi...)...Je compatis à ta tristesse
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C
<br /> <br /> Oh non, ce n'est pas elle... j'en ai la certitude absolue. La pauvre !<br /> <br /> <br /> <br />
Z
<br /> Un cambriolage et hop, tous mes jouets d'enfance ont disparu (ils ont tout vidé, vraiment tout. C'était dans un pays étranger où tout peut se revendre même les choses moches, vieilles et<br /> cassées).<br /> <br /> <br /> Je regrette encore aujourd'hui de ne plus avoir mes petites voitures toutes cabossées. A chaque brocante/vide greniers... j'en rachète.<br /> <br /> <br /> Cela explique peut-être qu'aujourd'hui, je ne m'attache à aucun objet ? Il me reste le problème des photos que je n'aimerais pas perdre.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Je comprends ta tristesse !<br />
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C
<br /> <br /> J'ai dû me replonger dans toute une pile de photos pour essayer de trouver une "apparition" de ces bijoux... c'est toujours un étrange et déroutant voyage.<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> Quelle triste et magnifique histoire à la fois. J'ai une histoire magique de bague, moi aussi. Un peu incroyable, comme la tienne. Un peu longue... mais allez, je me lance.<br /> <br /> <br /> Ma mère avait une bague que mon père lui avait offerte pour ma naissance, une bague avec des éclats de diamants qui me fascinait enfant. Elle dormait dans un tiroir, avec défense d'y toucher of<br /> course. Ma mère me l'a offerte pour mes 20 ans, et elle ne quitte pas mon annulaire depuis.<br /> <br /> <br /> Sauf que. Un jour, il y a pas mal d'années, je m'étais mise en tête de m"initier au kung-fu. Si. Pendant l'entraînement, le prof nous fait faire des pompes sur les poings (inutile de dire que je<br /> n'ai pas continué très longtemps le kung fu), mais bref, je dois enlever ma bague... et je l'oublie en quittant la salle.<br /> <br /> <br /> Je reviens en panique dix minutes plus tard, un autre prof est dans la salle, dit n'avoir rien vu, je fais le tour, ne la trouve pas, j'explique mon désespoir, la valeur sentimentale, lui laisse<br /> mes coordonnées au cas où un de ses élèves glisserait sur mon trésor, on sait jamais.<br /> <br /> <br /> Deux ans plus tard, le deuil est si bien fait que, quand une voix de femme m'appelle, me demande si j'ai perdu une bague, je réponds que non. "Il y a 2 ans", précise-t-elle. "Ouiiiii". Elle l'a.<br /> Elle l'a ??? Elle me donne une adresse dans le 13e, à Paris, j'y vais, comme dans un film, je me demande un instant si c'est pas un traquenard mais j'y vais quand même, je frappe, elle me tend la<br /> bague, ne veut pas me parler, jette seulement qu'elle est la femme du prof de sport, qu'il l'a retrouvée dans l'aspirateur qu'il utilisait pour nettoyer la salle de sport quand il en a vidé le<br /> sac la semaine dernière, au revoir madame.<br /> <br /> <br /> Evidemment, elle ment. Qui vide ses sacs d'aspirateur ? Deux ans après ? J'ai appris ensuite que le prof de sport était auprès de sa mère mourante et qu'il espérait la sauver en "réparant ses<br /> péchés" (sic). J'ignore si c'est vrai, mais la bague est bien revenue à mon doigt. Et je l'aime encore plus depuis qu'elle porte avec elle cette histoire supplémentaire. Comme la tienne, comme si<br /> je ne devais pas la perdre. Comme un conte de fées, non ?<br /> <br /> <br /> Pardon, je me suis répandue, ton aventure m'a vraiment inspirée.<br />
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C
<br /> <br /> Damned ! Ca c'est de l'histoire presque rose !<br /> <br /> <br /> J'aimerais que la mienne finisse comme la tienne - je te raconte pas comment je les chérirais, les bijoux de famille - mais je doute, hélas, d'une issue heureuse...<br /> <br /> <br /> <br />