Rue Lambert - 2 (by Personne)

Publié le par CHOU

 

Rue Lambert

 

 


C'est tout à fait curieux, dans ce fatras d'indications de travaux à réaliser, de tags, sur ce mur aveugle,  au milieu des excréments canins et du vacarme de la ville... qu'elle est cette petite ?

Là, au milieu de la ville cette photographie m'interpelle... Quelqu'un l'a collée là par défi, avec une intention de création, une image décalée tout comme ces silhouettes dessinées sur les bords de Seine c'est bien, mais elle... la petite.

Je l'imagine devant le photographe c'est un dimanche matin, on peut penser l'histoire de ce cliché datant des deux premières décennies du siècle dernier, elle a revêtu sa plus belle robe c'est peut-être la fille du cordonnier ou d'un laboureur, du maréchal ferrant pourquoi pas. Je ne vois pas la scène se passer en Bretagne ou en Alsace je parierais pour une région de soleil... les environs de Nimes où la Drôme provençale je vois du soleil et un peu de malice dans les yeux de cette petite.

Jamais cette petite n'aurait pu imaginer être placardée au numéro 6 de la rue Lambert dans le dix huitième arrondissement... 

IMG_2263

Elle est pourtant là, je l'ai vue.

 

2

Je m'approche de la représentation grandeur nature. Je savoure l'ironie de voir cette innocente jeunesse, posant, au moment de la photo, dans un cadre probablement rural, alors que le fantôme de son souvenir se trouve maintenant propulsé dans une rue parisienne où siègent un ou deux numéros plus loin, quelques salons chics avec du parquet ancien qui grince noblement sous les pas, aux murs richement moulurés, dont l'écho luxueux se reflète dans des miroirs imposants aux cadres dorés patinés par l'usure de l'âge, sur des cheminées décorées de pilastres ou de feuilles d'acanthe en bas-relief à peine esquissées...


Je fixe son regard, pour sonder cette étrange fillette. Je me hasarde même à lui prêter un destin inattendu et, au gré de ma concentration, le bruit de la ville s'estompe. Le monde devient complètement silencieux. Que sait-on de son parcours ? Qui sait si, de son vivant, elle n'a pas réussi à monter à la capitale ? Qui sait si, par le plus inconcevable coup du sort, elle n'aurait pas habité dans une des ces habitations cossues, dans cette rue même, et pourquoi pas, dans l'habitation où elle se trouve placardée ? Serait-ce un cri silencieux d'outre-tombe, s'opposant aux travaux en cours ?

C'est alors qu'un marteau-piqueur déchire subitement le silence ouaté, me faisant sursauter. Je ne le vois pas, il est dans la maison, derrière le mur, derrière la petite, si fragile. La lumière tombe aussitôt, le crépuscule envahit la rue, le froid s'engouffre brutalement dans mes poumons, me procurant un frisson ; l'engin furieux frappe, martèle, cogne, une rage immense anime les intentions de l'ombre qui manie cet appareil, dans la maison aux fenêtres éteintes. Un danger imminent va surgir, je le sens, je le sais, je ne peux pas bouger.

C'est alors que j'assiste, immobile, à l'agonie de la photo de la jeune fille, qui tremble, puis se tord dans des plissures cabossées, se déchire par à-coups avec des jets de papier réduits à l'état de confettis informes, et je crie "NON ! NON ! PAS LE SANI-BROYEUR ! PAS LE SANI-BROYEUR !". Toutes les crottes de chien, dans la rue, tressautent en se retournant parfois en rythme avec le martèlement du l'outil percuteur démoniaque et puis... et puis...

... Puis je me suis réveillée, haletante, redressée dans mon lit. Pendant mon sommeil, j'ai écrasé tout un tas de chocolats qu'on m'avait offert dernièrement. J'ai cru que j'allais mourir de honte, juste après la dernière image de mon rêve... mais ce n'était que des chocolats. Je ne mettrai plus la boîte à côté de mon lit.

Je me forçais à respirer doucement, après avoir revécu ce moment marquant, sous la douce lumière filtrée par les double-rideaux diaphanes devant de grandes fenêtres donnant sur un jardin fleuri.
Depuis son fauteuil, le docteur m'écoutait tout ce temps sans rien dire. Puis il me demanda : "Connaissez-vous cette maison, dans votre rêve ? La petite, comme vous la nommez avec affection, vous rappelle-t-elle quelqu'un ?".


Rhalalalala ! C'est à toi, ma Solange !!!!

Publié dans Cachalotié

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R
<br /> Ca y est, j'ai pondu :)<br />
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C
<br /> <br /> Super cot-cot, ma poule ! <br /> <br /> <br /> <br />
C
<br /> ah, ah, la Chou a trouvé l'astuce. Elle fait écrire les autres sur son blog et pendant ce temps....<br />
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C
<br /> <br /> Môvaise langue !!! <br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> Allez vite vite, les autres !<br /> <br /> <br /> PS : hé mon espousée, faut pas que ça t'empêche de faire des notes !!!<br /> <br /> <br />  <br />
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C
<br /> <br /> Oui ben bon, hein, ça va, hein ! Pfffff.... <br /> <br /> <br /> <br />
B
<br /> - Excellent !<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Bleck<br />
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C
<br /> <br /> Yesss ! <br /> <br /> <br /> <br />