Madame Marguerite

Publié le par CHOU

J'ai l'impression qu'un blog, ça sert aussi de déversoir, attention, je déborde !
Là je suis toute seule cet aprèm, j'ai travaillé un peu du chapeau, fait de la paperasse et la popote pour le début de semaine, et puis allumé la télé comme une vieille dame et tricoté des mitaines (en alpaga, quand même...).
J'ai zappé entre un feuilleton con sur la 6, un doc sur Arte, et je me suis arrêtée sur la 2, parce qu'il y avait des voix.
Et comme tout de même et sans la moindre forfanterie ni jemelapèterie, c'est un peu mon job, j'ai regardé.
Y'avait Micheline Dax et Roger Carel, qui ont fait à eux deux le tiers de toutes les voix de dessins animés de 50 à 2000.
Ils sont très vieux maintenant. 83 et 85 ans. Ils bossent toujours, apparemment !
Il y avait aussi Gisèle Casadesus, 95 ans, qui vient de tourner un film avec Depardieu. Remarquablement fraîche et rose, totalement sur le coup et acérée du ciboulot. On dirait la mère de Kristin Scott Thomas.
Et puis sont venues les reines mères du boulevard, Ginette Garcin et je sais plus qui.
J'ai éteint la télé, on se serait cru à Zombieland.
Mais l'une d'entre elles a parlé d'Annie Girardot et de Madame Marguerite, qu'elle a interprêtée avec talent.
Annie Girardot, c'est ma mère.
Quand je la vois dans un de ses rôles des années 70, j'ai l'impression de regarder Maman.
Ma mère n'était pas quelqu'un de très chaleureux. Très belle, très froide, facilement méprisante ou haineuse. Elle n'aimait personne à part mon père et moi. Mais elle regrettait toutefois que je ne sois pas un garçon.
Elle a reporté cet amour déçu sur Lancelot le Divin, mon n°2, qui est devenu la prunelle de ses yeux, devant tout le reste de l'univers.
C'était lui, il était arrivé une génération en retard, mais c'était lui. Le fils qu'elle avait attendu si longtemps.
Elle voulait qu'il vienne habiter avec elle, Paris c'est si pollué, son frère aîné en est jaloux (?), tu as tant de travail avec les autres...
Good Lord, il y eut des temps difficiles.
Et puis elle est morte en 2003. L'agonie a duré un an. J'ai essayé de lui parler, de lui dire que je l'aimais, mais c'était trop tard. Elle ne comprenait plus rien.
C'est étrange, mais j'ai bien saisi, avant que tout ne se dégrade drastiquement, qu'elle savait qu'elle était condamnée. Mais je n'arrivais pas à lui parler vraiment, et elle n'arrivait pas non plus. Elle me passait des messages. Tiens, je te donne les trois bagues, celle de ton arrière-grand-mère, celle de Mamie et la mienne, les trois bagues vertes. Essaye de ne pas les vendre, si tu peux.
Une dernière fois, elle m'a emmenée faire une thalasso à La Baule. Luxe et volupté. On s'est promenées dans la ville et j'ai vu un joli pull dans une vitrine. Elle a insisté pour me l'acheter aussitôt. "Ne te refuse rien, profite, la vie est si courte".
Bon je sais, c'est un peu con ce que je raconte, mais bon, c'est la faute d'Annie Girardot !

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Commenter cet article
L
<br /> J'ai vu ! J'ai cru que la maison de mes parents s'était transformée en maison de retraite et que je gardais les vieux ...<br /> J'ai fini aussi par zapper, avant qu'ils ne sortent la momie !<br /> <br /> <br />
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C
<br /> C'était assez limite, faut dire...<br /> <br /> <br />
C
<br /> C'est émouvant. D'autant que ma mère souffre depuis des années de la maladie de Parkinson... et ils viennent de découvrir récemment qu'elle commençait un Alzheimer. Alors je vois très bien de quoi<br /> tu veux parler... Le déversoir, c'est indispensable.<br /> <br /> <br />
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C
<br /> Mon pauvre, que ce doit être pénible ! Pour elle comme pour son entourage...<br /> <br /> <br />
C
<br /> Parfois, dans les non-dits, les démonstrations retenues, ou ce que l'on considère comme un ratage de communication, le message passe quand même. D'une manière plus incertaine, moins évidente, moins<br /> profonde ou viscérale, mais c'est dit autrement. Un peu dit. Donc pensé pleinement.<br /> Je me permets cette interprétation, d'une part par observation diverses de cas similaires, d'autre part avec le conseil sur les bagues. A moins d'être à côté de la plaque, je trouve qu'il y a une<br /> volonté assez puissante derrière, une transmission autre que purement matérielle. Ce geste me semble chargé de sentiments. Elle qui semblait peu prompte à s'épancher, elle semble l'avoir fait à sa<br /> manière.<br /> <br /> Je n'ai pas l'impression d'avoir vu quelqu'un se mettre à poil en lisant ton billet, mais dévoiler pudiquement une histoire (encore) sensible. C'est toute la différence entre s'exhiber et accepter<br /> de partager.<br /> Merci, Chou.<br /> <br /> <br />
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C
<br /> Merci Chandelinou !<br /> <br /> <br />
S
<br /> ... ... ... :)<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> Tiens, quand je pleure, j'oublie de mettre un S à la deuxième personne du singulier. Et pi pourquoi un S à celle-là ? D'abord ! Comme si le "tu" s'adressait à toi plus l'autre de toi... toi qui es<br /> toi, c'est à dire le moi de toi et toi qui est toi c'est à dire le toi de moi... et pi, dans ce tu il y alors aussi le toi de moi de toi et le toi de toi de moi, sans compter le toi de moi de toi<br /> et le moi de toi de moi. Mais alors, me diras-tu, quand c'est "il", y a pas d' S et pourtant, et pourtant, et pourtant, pouf pouf, il est encore plus nombreuxxss....<br /> <br /> <br />
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C
<br /> Il y a tellement de moi dans le toi et inversement !<br /> <br /> <br />