Vieille veste underground

Publié le par PRISE DE CHOU

 

Avec mon pass Vagino, je suis la reine du métro, même si les transports en commun mènent rarement au Nirvana.

On y fait pourtant quelquefois des rencontres cocasses.

Il est tard, je rentre d’un dîner à rosé chez Galette, rue Poultoc, dans le 18ème. Une bonne adresse. On a bien ri, bien mangé, bien bu. Je sens déjà poindre le casque à boulons qui me tiendra lieu de tronche demain au réveil.

 


Je marche jusqu’à Abbesses, histoire de dissiper les vapeurs qui m’assaillent, comme un guerrier du même nom.
Je dévale les 800 et quelques marches qui mènent au quai (comment, je vois triple ?).

Le dieu RA tp est avec moi, le métro arrive aussitôt. J’entre, je m’affale comme une bouse sur ma banquette, et j’attends la téléportation vers Saint Lazare, l’œil dans le vague.
Pas grand monde ce soir, dans le brutal. 5 ou 6 pékins vachés sur la moleskine.

 

Un couple d’amerloques obèses et énamourés qui s’agrippent le lard et s’efforcent de prononcer le nom des stations qui défilent avec un épais accent du Texas (ou du Wisconsin, pour ce que j’en sais). Notwe Dam’ dé Lowett’, Seïnt Dgeorge… Ah, Pariss, so romantic !

Les autres passagers se fondent dans la rame, à part ce mec bizarre qui me regarde fixement.
Punaise, c’est pas vrai, ça recommence. Je me suis encore bavée dessus ? On voit mes nibards ? Mon make up a dégouliné ? Niet. Je suis en vol plané à l’intérieur, mais l’extérieur fait encore illusion, me signale le miroir de mon poudrier.
Alors, qu’est-ce qu’il me veut, celui-là ?

 

Et puis, ouh la la, sacré look, le chti pépère.

Hauteur : 1m60 bras tendu, largeur idem. Chauve du dessus avec baguettes de tambour grasses qui dégoulinent sur les épaules. Danny de Vito dans Batman, oui, c’est tout à fait ça, le Pingouin. Et la déco a fait fort. Une valbombe naine en carton et un énorme parapluie de golf, une vieille veste underground rougeasse. Il est coquet, mon nouveau copain !

 

Sauf qu’il me sourit avec un vrai sourire gentil et des yeux gentils itou.
C’est pas de la drague, je ne sais pas ce que c’est, je ne connais pas. Juste un hurluberlu bienveillant qui a jeté son dévolu sur moi. Bon, pourquoi pas… Je lui rends son sourire.
Seïnt’ Lazâââr.

Nous sommes côte à côte devant la porte. Il m’offre galamment son bras dodu pour la descente. Je m’y accroche. Aucun mot n’est échangé.

Nous devons former le couple le plus improbable à l’ouest du Pecos. Il est si minuscule et sphérique que je me sens immense et hiératique.
Nous nous dirigeons bras dessus bras dessous vers les trains de banlieue.
Voilà t’y pas qu’il amorce des pas de menuet, et que je le suis. Finalement, je me marre bien avec Pingu !

 

Petits pas gracieux, courbettes, nous virevoltons sous le regard incrédule des passants.
Mais d’où sort-il ce mec ? Et pourquoi je me prête à ce jeu à la noix ?

Nous voilà sur les quais. Il me fait comprendre d’un geste élégant que nos chemins divergent. Une petite révérence, un dernier sourire, il ouvre son grand parapluie et s’éloigne en se dandinant.

C’est tout.
Je monte dans mon wagon de banlieue, le cœur léger, consciente d’avoir vécu une mini-tranche de vie surréaliste et pas mécontente, ma foi. C’est toujours ça de pris sur le gris.

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M
<br /> <br /> Et bien, moi je ne mets absolument pas en doute cette histoire et bien que cela puisse paraître curieux, ces rencontres fugitives et surréalistes comme tu le dis si bien font justement partie des<br /> choses que je regrette de Paris...<br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> C'est parfaitement exact... un moment surréaliste !<br /> <br /> <br /> <br />
P
Puréééée ça rivalise avec tous mes monstres du metro réunis! Je suis hyper jalouse! Mais c'est vraiment vrai?!!<br /> Bon, dès que j'ai du temps je m'occupe de tes raouls!<br /> Et puis celui la aussi je pourrais le faire, comme ça on ferai un ping pong de blog!
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P
<br /> Oui, je sais que ça semble improbable, mais c'est vraiment vrai. Y'a aussi l'histoire du russe complètement bourré qui se prenait pour les choeurs de l'armée rouge à lui tout seul, que je<br /> raconterai peut-être.<br /> Chouette ! J'adore l'idée du ping-pong. Ce serait un honneur, Damoiselle !<br /> <br /> <br />
J
Y'avais pas une série comme ça dans le temps ....<br /> <br /> Attend .... euhhh .... Laurel et Hardy ???
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P
<br /> Monsieur Lexo a des références culturelles solides, à ce que je vois... Ouais, y'avait de ça !<br /> <br /> <br />
A
c'était pas le fils à Barrique White ?<br /> <br /> Et tu t'es crue dans une comédie musicale ou quoi ? hihhihi
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P
<br /> Je sais que mon histoire semble improbable, mais elle est vraie. Je ne vais pas jurer et cracher par terre, ça ferait désordre, mais ça m'est bien arrivé. Je dois être un aimant à boulets ! T'as<br /> qu'à voir la collec de Raouls que je me traîne...<br /> <br /> <br />