Rage against the machino

Publié le par PRISE DE CHOU

Je me rends compte depuis la lecture roborative des anecdotes rapportées sur viedemerde.com que mes moments de solitude sont à bien des égards, mous du drame.

Il m’est pourtant revenu l’autre jour le souvenir d’une humiliation cuisante, qui m’a poursuivie toute une année scolaire.

 


J’étais en 1ère et ma vie avait radicalement changé depuis la rentrée.

J’étais passée du stade gros-thon-invisible à l’état de « must have ».

Je m’étais en fait délestée de 10 kgs pendant les vacances, et si les hommes préfèrent les grosses, ils cachent parfois bien leur jeu. En ce qui me concerne, tout du moins.

Après des années rembourrées à traverser un no man’s land aride, j’étais entourée d’une myriade de kékés empressés et flagorneurs. Un androcée (gynécée au masculin, c’est quoi comment qu’on dit ?) en pattes d’eph, Clarks et cheveux longs, tous dévoués à ma cause.

On s’étonne d’abord, puis on s‘habitue, après on profite.

 


Ce jour là, Patrick et Jean-Marc (on est dans les 70, tous les mecs s’appellent comme ça), deux de mes prétendants les plus assidus, me raccompagnent à la maison.

Chemin faisant, ils se tirent la bourre… A qui va faire la vanne la plus naze, à qui va réussir a capter mon attention. Les coquelets gonflent leurs plumes.


En ce temps là, juste quelques années après JC, il y a encore de l’industrie dans le 9.2.

Tout près du lycée, Banania. Oui, Banania, le nèg qui rigole et tout et tout.
Ca sent y’a bon quand on arrive au bahut, on a la gerbe au bout d’une heure, après, on ne sent plus rien.

Deux ouvriers discutaillent à la porte de l’usine, la Gitane maïs collée à la lèvre supérieure. Des mécanos, des machinos, je ne sais pas.
Et ça part en vrille.
Ils me voient arriver de loin.

 


-         Mate un peu la grande perche, Gérard ! Elle est pas choucarde avec ses deux poissons pilotes ?

-         C’est de la belle tige, je me la grillerais bien !

Rires gras.

-         Loulou, retiens-moi quand elle passe, j’vais y sauter dessus !

-         T’as vu les cannes, elle doit cartonner au 110 m haies…

Re-rires re-gras.

Je prends un air de princesse outragée et me redresse, hautaine, mes deux acolytes un peu gênés sur les talons.

 


A notre passage, Gérard me toise attentivement et profère à la cantonade cette phrase définitive :

-         Laisse tomber, elle a pas de poils aux seins !

Sur ce, les deux Banania, indifférents, tournent casaque et rentrent dans l’usine.

Après un instant de stupeur, Patrick et Jean-Marc éclatent d’un rire homérique.

Je ne sais plus où me mettre. C’est tellement incongru, inattendu. Ben non, j’ai pas de poils aux seins, j’ai pas de seins non plus d’ailleurs…

Toute l’année, j’ai dû éviter pendant mes interventions orales en classe de finir mes phrases avec des mots en « in ».

Du fond de la classe, deux voix railleuses enchaînaient aussitôt 

POIL AUX SEINS !

 

Publié dans Hier encore...

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A
ouarf ouarf ouarf ouarf,<br /> <br /> Tout est bien qui finit bien<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> .<br /> POILS AU SEINS !
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P
<br /> Saleté, va !<br /> <br /> <br />