Je suis allée lundi au cinéma avec ma cousine Germaine préférée.
Nous avons vu un bien beau film, ma foi : « Les Femmes de l’Ombre ».
C’est parlant et en couleur.
Et puis surtout, c’est très propre. Il devait y avoir sur le tournage un assistant spécial Nénette-Peau de Chamois, c’est pas possible autrement. Ca rutile
de partout, les voitures, les boutons de guêtres, les baignoires à torture… On dirait du neuf.
Et puis il y en a pour tout le monde. Quelques bouts de nibards et 3 poils de chatte pour les Messieurs, toujours un peu coquins. Le prestige de l’uniforme
(impecs et bien repassés, les uniformes) et les souffrances du héros inflexible pour les Dames, toujours indécrottables romantiques.
Cette œuvre est dédiée aux résistantes du SOE qui ont risqué et souvent sacrifié leur vie lors de missions insensées, pour venir à bout du nazisme.
Je ne comprends pas pourquoi les survivantes de ce combat boudent l’hommage et protestent vertement. Peut-être parce qu’on les dépeint comme une bande de demi-putes engagées de force, sous la
menace. Je les trouve bien chiffon, ces vieilles héroïnes. Au moins on parle d’elles, c’est ça qui compte !
J’attends avec impatience les futures productions américaines du même type : « Paris Hilton saute sur l’Irak », ou « Alerte à
Guantanamo » avec Pamela Anderson. Ca va avoir de la gueule !
Je suis donc assise aux côtés de Germaine, dans le noir, l’œil écarquillé. Les French Poules vont être parachutées sur la Normandie, et la météo oscille
entre « avis de grand frais » et « grosse tempête à sa mémère ».
Quand soudain, une voix forte et grasseyante explose, couvrant le tumulte des éléments déchaînés.
- T’as pas un cachou, Maman ?
Damned, un allumeur de salle obscure !
Tout le public se bidonne, ça déstresse avant le saut en parachute…
Il est juste derrière moi, Papy Cachou. J’ai donc en exclusivité les sons de succion et les grognements satisfaits que lui procure l’invention de Monsieur
Lajaunie, pharmacien (18, avenue Larrieu-Thibaud à Toulouse).
Papy Cachou, c’est mon bonheur du jour. Il va émailler la projection de remarques et d’interjections incongrues, proférées d’une voix de stentor
éraillé.
On arrache un ongle à une French Poule. Elle craque immédiatement et déballe tout.
- Ah ben elle est bien celle-là ! Tu parles
d’une lopette ! Elle a du sang de navet !
La même Poule, sachant qu’elle ne résistera pas à un nouvel interrogatoire, décide de se supprimer. Gros plan sur sa main et sur la capsule de
cyanure.
- Et ben alors, tu vas l’avaler ta pilule !
Qu’est-ce que t’attends ?
Sophie Marceau, Chef Poule, dessoude l’Oberstrumbahnführer Machin. Elle lui colle une balle dans le buffet et reste là, figée, le bras tendu, l’arme
pointée.
- Colle lui-z-en une autre entre les deux yeux,
c’est plus sûr !
Sophie s’exécute.
- Ben voilà ! Comme ça t’es
tranquille !
Dernières minutes du film. Seule a survécu Chef Poule, Louise.
- Mais je comprends pas, Maman, c’est qui au juste,
cette Louise ?
Etrangement, personne dans la salle ne lui a fait la moindre réflexion. Aucun « Chut ! », nul « La ferme ! »… Juste un éclat de
rire collectif à chaque intervention.
Pourquoi ?
Je ne voudrais pas m’avancer, mais je crois que « Les Femmes de l’Ombre », ça ne vaut pas un pet de lapin.
M’enfin, je dis ça, je dis rien, chacun son truc. Des goûts et des couleurs. Tant va la cruche au ciné qu’à la fin elle se lasse…
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