J’en connais un qui va trembler dans ses chausses à la lecture du titre.
T’inquiète, Gérard Gaultier, je ne donnerai pas ton nom…
Comment ça, je l’ai dit ?
Ah oui ! Merde alors, c’est cruchon, hein !
Pioupiou n’est pas un Raoul, c’est le père de tous les Raoul, l’inventeur du concept.
Flashée sur Meetic par un jeune homme de 32 ans (puis 40, puis 35, puis 29 – il change d’âge comme de tricot de porc), je m’étonne, je
m’interroge, puis lui envoie un mail pour satisfaire ma curiosité bien légitime.
- Bonjour, vous êtes
gérontophile ?
- LOL. Non,
mais je trouve que vous avez un joli sourire sur la photo.
- Ah !
C’est parce que j’avais gardé mon dentier pour le photographe… Et en parlant de photo, où est la vôtre ?
- Trop
dangereux de la mettre en ligne, mais je vous l’envoie si vous me donnez votre mail perso (traduc en pulcra : ziva, Mademoiselle, t’es charmante,
file moi to arobase !).
-
OK !
Sitôt dit, sitôt fait et je reçois en retour la photo d’un très joli garçon de la catégorie beau gosse au cheveux ras et au sourire
tristounet.
What’s a nice guy like this doing in a place like
that ? Que je me demande in petto, car j’aime bien me causer en rosbif dans ma Ford intérieure*, ça entretient ma schizophrénie latente.
S’ensuivent quelques échanges épistolaires plutôt décomplexés et bruts de décoffrage, dans lesquels je me fous assez méchamment de sa tronche, ce qu’il prend, il faut bien le dire, avec philosophie, humour et bonne humeur.
Il m’explique son cas caca. En fait, rien de très comique, du sombre banal.
Il est marié depuis quelques années, a deux jeunes enfants, et il s’emmerde violent.
Sa vie est un toast trop mou d’un côté, trop cramé de l’autre. Entre un boulot alimentaire pas fascinant et le caporal-chef qui lui sert d’épouse (uniquement
tournée vers ses fonctions maternelles, évidemment), il dépérit, le gamin.
Il se fait une bonne grosse crise de la quarantaine avec dix ans d’avance.
Il se sent coincé. Pas question pour lui de laisser tomber sa petite famille bien sûr, mais il crève la braguette ouverte. Alors, plutôt que d’envoyer tout péter, ce qui serait
sauvage, salaud mais peut-être plus honnête, il fait comme beaucoup : il gère dans le parallèle, louvoie, triche, ment.
Il assure son service, fait son devoir et s’octroie du temps off avec des donzelles qu’il ferre sur Meetic, et qu’il appelle ses
« Cécile ».
Rien de très glorieux. On est loin des violons, des couchers de soleil à deux, des sentiments vibrants. Mais faute d’amour, on se contente de baise furtive.
Et pourquoi une prédilection pour les 40 et + ?
Là encore, pragmatisme.
Elles sont plus faciles, elles sentent leur temps de séduction compté et cèdent rapidement.
Elles ont de l’expérience. Ca peut être très agréable et ça compense le déficit fraîcheur.
Elles ne sont pas chiantes. Elles n’exigeront jamais que l’on quitte l’officielle pour elles.
Elles ne veulent pas d’enfant (elles en ont déjà), et ne vous en feront pas un dans le dos…
Voilà qui a le mérite d’être clair, cru et net.
Il veut du cul le garçon, point-barre. Pas envie d’une maîtresse geignarde et collante qui lui bouffe la vie. Pourquoi s’infliger une
double peine ? Il a déjà la même à la maison.
Alors oui, je suis une femme, et je devrais par solidarité monter sur mes grands canassons et le honnir, ce vilain mâle truqueur. Je
devrais plaindre la pauvre mère d’œuf bafouée et cocufiée, la Sainte Cosette au foyer qui couve ses deux lardons.
Je devrais, mais je n’y arrive pas. Peut-être parce que Pioupiou est parfaitement honnête dans sa malhonnêteté. Pas le genre à vous
chanter Ramona la main dans le tanga.
Mais bon, de toutes façons, avec moi ça ne va pas être possible. J’ai décidé d’arrêter les sorties d’écoles avec imperméable et bonbecs, ça n’attire que des emmerdes.
Au fil du temps, nous entretenons une correspondance très espacée, mais toujours sympathique. Il s’enquiert de mes conquêtes, qu’il
baptise un jour mes « Raoul ».
Tilt. J’adoooore !
Je vais écrire une petite chronique sur les Raoul, tiens. Et si j’ouvrais un blog !
Voilà l’histoire.
Merci Pioupiou ! Au fait, où en es-tu avec tes Cécile ?
* Je sais, Ford intérieure, j’ai déjà utilisé, mais c’est d’une
belle beauté. C’est une création estampillée Marie-Claire, comme le sublime : Ouh la la… Y’a baleine sous gravier ! Dont je ne me lasse pas non plus.
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